Vous préparez le concours Sciences Po ? Entraînez-vous sur les annales des années passées ! Voici le corrigé du sujet 2022 en histoire : La politique de l'État français durant la Seconde Guerre mondiale

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La Seconde Guerre mondiale, ayant eu lieu entre 1939 et 1945, a été le conflit le plus généralisé et le plus meurtrier de l’Histoire contemporaine, par lequel la France n’a pas été épargnée. La France aura notamment été marquée par l’occupation allemande et la collaboration de l’État français avec les forces de l’occupation, avec l’instauration d’un système politique appelé communément le régime de Vichy. Nous allons donc nous demander : quels outils et quels procédés ont-ils été mis en œuvre pour l’instauration de ce régime, et comment un régime autocratique a-t-il pu être mis en place au sein d’une République garantissant pourtant constitutionnellement le partage des pouvoirs ?
Nous allons ainsi analyser les étapes de la mise en place de ce régime, puis analyser ses composantes. Pour ce faire, nous allons mobiliser deux documents qui nous sont proposés, à savoir une affiche de propagande sous Vichy ; ainsi que le discours de Philippe Pétain prononcé après son arrestation et la chute de son régime.
I. Instauration du régime de Vichy
I.1 Mai-juin 1940 : invasion allemande, défaite militaire française, armistice et justification de celle-ci
En mai 1940, les forces militaires allemandes lancent l’invasion militaire de la France, qui était, au début du conflit, sous un régime démocratique et républicain, régime impliquant notamment le partage des pouvoirs. La France était à ce moment située dans le camp des Alliés, opposé à celui du Troisième Reich allemand. Lors des premiers jours de l’invasion, les forces militaires françaises tentent alors d’opposer une résistance aux Allemands, mais très rapidement, en l’occurrence en moins d’un mois, l’armée française est totalement battue et le commandant des armées, le maréchal Philippe Pétain, décide de la nécessité de la fin des combats, et signe l’armistice le 22 juin 1940 avec les forces de l’occupation.
Comme nous pouvons le voir dans le document 2, il justifiait ceci, postérieurement à l’occupation et à son arrestation, par l’impossibilité matérielle de poursuivre les combats, car, en effet, les capacités militaires allemandes dépassaient alors celles de la France. Il désigne alors lui-même comme, pour le citer, ennemi le régime avec lequel il a pourtant collaboré, et même comme seul et unique responsable des atteintes à la liberté en France. Pour le citer : « L’occupation m’obligeait à ménager l’ennemi […] », « C’est l’ennemi seul qui, par sa présence sur notre sol envahi, a porté atteinte à nos libertés et s’opposait à notre volonté de relèvement ».
I.2 10 juillet 1940 : loi constitutionnelle donnant les pleins pouvoirs à Pétain
Pour espérer pouvoir négocier au mieux, pour la France, avec les forces de l’occupation, le Parlement vote le 10 juillet 1940, avec notamment le soutien des parlementaires qui étaient favorables à l’armistice, la transmission des pleins pouvoirs — à savoir les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire — au gouvernement de Philippe Pétain, ce qui, de fait, met fin à la IIIe République et au partage des pouvoirs. C’est cette réforme constitutionnelle-là qui sera alors le socle de l’instauration du régime de Vichy, car elle a ôté à Philippe Pétain toute contrainte légale.
Cela a été un événement de bascule, car il a rendu impossible pour quiconque de s’opposer par voie légale à une quelconque volonté du gouvernement de Pétain, parce qu’en étant doté du pouvoir législatif et judiciaire en plus du seul pouvoir exécutif qui était initialement détenu, il était à la fois prémuni contre tout risque d’opposition parlementaire et contre toute poursuite judiciaire. Comme l’illustre le document 1, toute opposition, incarnée ici en l’occurrence par de Gaulle, était tenue à l’écart. Et c’est ce qui a été utilisé par la suite pour mettre en place un régime totalitaire.
II. Vichy : caractéristiques d’un régime totalitaire
II.1 Concentration des pouvoirs
Suite à cette réforme qui, de facto, correspondait à la dissolution du Parlement, car ce dernier a ainsi perdu tout pouvoir, Philippe Pétain s’est donc vu octroyer les moyens légaux afin de concentrer tous les pouvoirs, et d’éviter leur éventuel transfert ultérieur. Tous les partis politiques opposés à la collaboration ont alors rapidement été supprimés, rapprochant ainsi la France d’un régime à parti unique, et toutes les élections aussi, par conséquent. Seuls les préfets ayant prêté allégeance au régime ont pu exercer, alors chargés d’appliquer sa politique.
Le pouvoir médiatique a également entièrement été pris sous contrôle du gouvernement, et la communication médiatique se faisait ainsi dans une optique de promotion du régime de Vichy et de culte de la personnalité du maréchal Pétain. Comme nous pouvons le voir sur le document 1, les représentants du régime y étaient glorifiés, le régime lui-même représenté comme celui faisant briller le pays depuis la prise des pleins pouvoirs, alors que les opposants, à l’image de de Gaulle et ceux considérés comme étant nuisibles par le régime (juifs et francs-maçons) étaient au contraire désignés comme boucs émissaires. La presse de l’opposition a ainsi été censurée, et ne pouvait alors publier plus que clandestinement. Mais aussi, comme nous allons le voir, tout opposant quelconque était lui aussi réprimé.
II.2 Répression armée de l’opposition politique et complicité dans la déportation
Autre caractéristique du totalitarisme sous Vichy : la répression de l’opposition. En 1943 a été créée la Milice française au service régime et commandée par le chef de gouvernement exclusivement, chargée alors de lutter contre la résistance, résistance catégorisée alors comme terroriste par la propagande étatique. Elle procédait ainsi à l’arrestation armée de toute personne soupçonnée d’y appartenir. En 1944, les cours martiales ont été créées afin de juger ces personnes-là, prononçant notamment des condamnations à mort.
Supplétive de la Gestapo allemande, elle était alors également chargée de collaborer avec pour la déportation des juifs — dont le statut avait été modifié sous Vichy, ce qui est illustré sur le document 1, mettant ainsi fin au principe républicain d’égalité entre citoyens français ; notion d’égalité qui avait alors été retirée de la devise nationale — mesure qui était officiellement motivée par la nécessité du maintien de l’ordre. On remarquera par ailleurs sur ce document que les juifs sont représentés par un chien aboyant sur une France rayonnante, faisant comprendre que ceux-ci étaient désignés comme une menace directe pour la France. Pétain revendiquera par ailleurs, après la chute de son régime : « Voudra-t-on comprendre la difficulté de gouverner dans de telles conditions ? Chaque jour, un poignard sur la gorge, j’ai lutté contre les exigences de l’ennemi. », comme nous pouvons le lire dans le document 2, affirmant ainsi que la pratique de cette ségrégation raciale lui avait été imposée et n’émanait pas de sa propre volonté.
Ce régime totalitaire restera en place en France jusqu’à la libération de cette dernière par les Alliés, moins d’un an avant la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Conclusion
En conclusion, nous pouvons donc dire que le régime de Vichy était paradoxalement totalitaire au sein d’un système républicain qui a pourtant été conservé sur la forme. Autrement dit, républicain sur le papier, mais dictatorial dans les faits.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, la France, républicaine et située dans le camp des Alliés, s’est retrouvée prise de court par l’invasion allemande, à laquelle elle n’a pas pu faire face militairement. Ce qui a conduit à une défaite militaire, et à une transmission des pleins pouvoirs à Philippe Pétain par le Parlement, dans l’espoir de pouvoir négocier des conditions plus favorables avec les forces de l’occupation. Cependant, cela n’a conduit qu’à une concentration des pouvoirs — en usant donc des instruments républicains — par le gouvernement de Pétain et l’instauration du régime de Vichy, régime ayant tout d’un régime totalitaire et agissant dans une optique de collaboration avec les forces de l’occupation, politique qui s’est poursuivie jusqu’à la libération de la France par les forces alliées.
Aujourd’hui encore, certains avancent qu’il était matériellement impossible pour la France d’éviter ceci, du fait de la domination militaire allemande qui était alors très nette, partageant ainsi la position post-occupation exprimée par Pétain dans son discours retranscrit dans le document 2 : « L’Histoire dira tout ce que je vous ai évité, quand mes adversaires ne pensent qu’à me reprocher l’inévitable. », et voient en effet celui-ci comme un chef d’État ayant amorti le nombre de victimes ; alors que d’autres, en effet, clament que la France aurait pu et dû résister davantage, au lieu d’accepter l’inacceptable et de sacrifier des citoyens français pour prétendre en avoir sauvé d’autres. Ce sont des événements auxquels on se réfère encore aujourd’hui lorsqu’on débat sur la possibilité ou non de négocier avec une dictature armée lorsqu’elle envahit militairement un pays démocratique et souverain, de manière à obtenir ainsi une paix stable et durable. Une chose est toutefois sûre : il convient de tirer des conclusions des erreurs faites au cours de l’Histoire afin d’éviter de les reproduire.