Vous préparez le concours Sciences Po ? Entraînez-vous sur les annales des années passées ! Voici le corrigé du sujet 2018 en questions contemporaines : Peut-on être à la fois radical et démocrate ?

La démocratie est un concept qui est né dans la Grèce antique, et un terme dérivé de l’ancien grec, qui signifie littéralement l’appartenance du pouvoir au peuple. Ce qui implique la possibilité pour les citoyens de choisir leurs gouverneurs, et que l’action de ces derniers s’inscrit dans l’intérêt du peuple. Cependant, c’est un régime politique qui est loin d’être uniforme encore aujourd’hui, et qui a, au cours de l’Histoire, maintes fois été renversé par des radicaux, qui avaient justement mis en place des mesures très radicales qui leur ont permis de confisquer le pouvoir dans leurs pays respectifs.
Ceci peut nous amener à nous demander : à partir de quel moment la radicalité menace-t-elle la démocratie ?
Pour y répondre, nous allons, dans un premier temps, montrer que la radicalité peut correspondre à la volonté citoyenne, et, dans un second temps, montrer qu’elle peut également entraver cette dernière.
I. La radicalité démocratique
I.1 La radicalité réclamée par la population
Premièrement, la radicalité peut en effet être réclamée par les citoyens. C’est ce que nous observons aujourd’hui, par exemple, au sein de l’Union européenne, avec la montée des scores des partis considérés comme radicaux. En effet, malgré leur prétendue radicalité sur des sujets, par exemple, migratoires ou sécuritaires, les programmes qu’ils proposent correspondent à la volonté de plus en plus de citoyens en Europe.
Plus encore, nous pouvons prendre l’exemple des élections législatives en France, où une coordination des partis allant de l’extrême gauche jusqu’au centre-droit voire à la droite dite républicaine, coordination prétextée par la lutte contre le radicalisme, avait permis d’empêcher la volonté citoyenne d’être exécutée, ne faisant arriver le parti décrit comme étant de la droite radicale et ayant obtenu le plus de suffrages qu’en troisième position. Chose qui avait, de manière assez prévisible, fait chuter la France dans le classement mondial des démocraties l’année suivante.
Ainsi, et comme nous l’avons vu, la radicalité peut être réclamée par le peuple, et elle n’est dans ce cas pas antidémocratique. Mais elle peut également être usée dans l’intérêt populaire, comme nous allons le voir dès à présent.
I.2 La radicalité usée dans l’intérêt collectif
En effet, des mesures radicales et même répréhensibles par le droit international peuvent être prises non pas pour s’accaparer le pouvoir, mais pour agir dans l’intérêt du peuple. Pour exemple, nous pouvons citer celui de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, qui avait mené une répression radicale contre la drogue aux Philippines, allant jusqu’à la mise à mort des narcotrafiquants, ce qui lui a même valu des poursuites par la Cour pénale internationale.
Cependant, ceci avait été fait dans l’intérêt du peuple, et avait permis de faire baisser drastiquement le phénomène de la drogue dans le pays, qui était, jusqu’à il y a encore peu, gangréné par le narcotrafic. Mais surtout, cela n’a pas empêché Duterte de céder sa place à son successeur, Duterte, qui n’est en effet plus au pouvoir depuis bientôt quatre ans.
Ainsi, et comme nous l’avons vu, la radicalité n’empêche pas forcément la démocratie. Mais elle peut aussi être usée afin justement de l’empêcher, et c’est ce que nous allons dès à présent montrer.
II. La radicalité antidémocratique
II.1 Cas historiques
Au cours de l’Histoire, des dictateurs ont en effet pris des mesures très radicales afin de s’accaparer le pouvoir et se l’assurer pour un très long terme. On peut, par exemple, citer la loi sur les pleins pouvoirs passée par Adolf Hitler en Allemagne en 1933, ou encore le décret sur l’unification, instaurant de fait un régime à parti unique, adopté par Franco en Espagne quarte ans plus tard.
Ces mesures ont par la suite permis à ces gouverneurs d’empêcher d’être soumis aux élections et à la volonté citoyenne, et donc, de ne plus risquer d’être remplacés aux commandes de leurs pays respectifs. C’est la raison pour laquelle il est important de pouvoir déceler ces mesures lorsqu’elles sont mises en place, et c’est ce sur quoi nous allons dès à présent nous pencher.
II.2 Signes précurseurs
L’Histoire nous l’a montré : la radicalité peut être parfaitement démocratique lorsque le peuple en a besoin ou qu’il le réclame. Mais elle devient dangereuse pour la démocratie lorsque les mesures visent à supprimer ou à atténuer ce qui assure la démocratie, à savoir les principes du partage des pouvoirs, la liberté de la presse, les élections ou encore la possibilité de s’y présenter. Dans ce cadre, la radicalité dépasse donc ce qui relève de la volonté ou de l’intérêt de la population, et a pour but de se maintenir au pouvoir justement contre la volonté populaire.
Il est ainsi important de savoir faire la part entre les deux, afin d’anticiper les cas lorsque la démocratie se retrouve mise à mal, et ainsi empêcher que le totalitarisme s’installe tant qu’il est encore possible de le faire.
Conclusion
En conclusion, nous pouvons donc dire que la radicalité n’est pas synonyme de dictature, et même que son absence n’est pas synonyme de démocratie. Mais dans le même temps, lorsque les principes mêmes de la démocratie sont attaqués par des gouverneurs, cela débouche sur une dégradation de la démocratie, et aboutit souvent à la fin à l’instauration d’un régime totalitaire. Certains de ces gouverneurs ont fini par être destitués, alors que d’autres sont encore au pouvoir aujourd’hui. Alors que ce qui est souhaitable pour les peuples, c’est d’avoir des gouverneurs radicaux lorsqu’il s’agit d’agir dans leurs intérêts, mais respectueux de leur volonté ainsi que de la démocratie.
Références
Administration du Bundestag allemand. (Mai 2006). La « Loi sur les pleins pouvoirs » du 23 mars 1933. Exposition historique du Bundestag allemand. Consulté le 05/03/2026 sur : bundestag.de
IMATZ, Arnaud. (2023, 5 juin). La guerre d'Espagne (1936-1939). Aux origines de la guerre civile. Herodote. Consulté le 05/03/2026 sur : herodote.net
Le Monde. (s. d.). Les résultats des élections législatives 2024. Consulté le 05/03/2026 sur : lemonde.fr
MAUPAS, Stéphanie. (2026, 27 février). Philippines : la sanglante « guerre contre la drogue » de Rodrigo Duterte devant la Cour pénale internationale. Le Monde. Consulté le 05/03/2026 sur : lemonde.fr
Methahodos. (2025, 24 août). La France « démocratie défectueuse » classée au 26ème rang mondial, elle recule encore de trois places. Consulté le 05/03/2026 sur : metahodos.fr