Pour vous préparer au baccalauréat de français, voici une fiche d'analyse linéaire du poème Le Lac d'Alphonse de Lamartine !

Introduction
L’auteur : Alphonse de Lamartine
Célèbre écrivain et homme politique, Lamartine est une grande figure du mouvement romantique, au XIXe siècle. Il a écrit tout autant des romans que des poèmes ou encore des pièces de théâtre.
Présentation du poème « Le Lac »
« Le Lac » est un poème de 16 strophes, chacune étant composée de trois alexandrins (douze syllabes) et d’un hexasyllabe (six syllabes).
Contexte d’écriture du poème « Le Lac »
Lamartine se remémore le souvenir d’une balade en barque avec son amante, depuis décédée. Il est étreint par la nostalgie.
Présentation du contexte de l’extrait
Il s’agit du dixième poème dans le recueil Les Méditations poétiques, publié en 1820. Dans le recueil, ce poème suit « L’Isolement », qui traduit déjà la mélancolie et la solitude du poète.
Problématique
Comment ce poème lyrique, en immortalisant le souvenir de la femme aimée en symbiose avec la nature, exprime-t-il le regret du poète de la fuite du temps ?
Mouvement 1 (du vers 1 au vers 12) - Une lamentation nostalgique adressée à la nature sur l’irréversibilité du temps
Le poète s’adresse d’emblée à la nature pour s’engager dans une méditation sur le temps
La métaphore filée du voyage (« poussés vers de nouveaux rivages » au vers 1, « emportés sans retour » au vers 2, ou encore « jeter l’ancre » au vers 3) assimile la vie à une navigation.
Les adverbes « toujours » au vers 1 et « jamais » au vers 3 montrent que le poète est comme un nouvel Ulysse, mais sans espoir de retrouver le passé.
La métaphore de l’ « océan des âges » inscrit la lamentation du poète dans la mythologie et le motif du temps qui fuit.
Cette méditation passe de l’universel au souvenir personnel
L'emploi de la première personne du pluriel (« ne pourrons-nous » au vers 3) dans un premier temps marque une réflexion universelle. Puis, l'emploi de la première personne du singulier (« je viens seul m’asseoir sur cette pierre » au vers 7) passe dans un registre fortement lyrique : le poème prend une dimension personnelle.
L'apostrophe lyrique du lac, la personnification (« Ô lac ! » au vers 5) et l'emploi de la deuxième personne du singulier (« où tu la vis s’asseoir » au vers 8) montrent que le poète s’engage dans un dialogue avec le lac.
La description de l’amante se fait à la troisième personne du singulier (« près des flots chéris qu’elle devait revoir » au vers 6) : le poète s’adresse au lac, parce que la femme aimée n’est plus. L'impératif « Regarde » au vers 7 et le verbe de vision « où tu la vis » au vers 8 soulignent le fait que le poète convoque le lac comme témoin de son bonheur passé. On comprend alors que le poème va consister à tenter de ressusciter son souvenir.
Lamartine oppose la permanence de la nature à la finitude humaine
L'naphore de l’adverbe « ainsi » aux vers 10 et 11 et l'emploi, tout au long de la troisième strophe, de l’imparfait de durée, servent à montrer que le lac est choisi par Lamartine comme interlocuteur parce que, à la différence des humains, il demeure dans le temps.
Un contraste se dresse entre la violence du lac (« tu mugissais » au vers 9 et « tu brisais » au vers 10) et la douceur de la femme disparue (« ses pieds adorés » au vers 12), entre la fragilité humaine et la force de la nature. C’est ainsi parce que la nature perdure qu’elle peut conserver la trace du passé et permettre d’immortaliser la femme aimée disparue.
Mouvement 2 (du vers 13 au vers 28) - Suspendre le temps par le récit d’une scène de bonheur amoureux en communion avec la nature
Le poète entre alors dans le souvenir
Le lac est dépositaire du souvenir (« un soir, t’en souvient-il » au vers 13).
L'emploi de la première personne du pluriel (« nous voguions en silence » au vers 13) indique que le souvenir est celui du couple qu’il formait avec son amante.
Le poète donne à voir et entendre la scène avec la localisation de la scène à la façon d’une épopée entre les éléments du monde (« sur l’onde et sous les cieux » au vers 14) et la description des sons (« on n’entendait » au vers 14 et « que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence » au vers 15).
La scène est placée sous le rythme de la nature, lançant presque une transe (« cadence » au vers 15).
C’est dans ce décor à dimension quasi sacrée que l’amante disparue prend la parole
Le poète a recours à une prosopopée, c’est-à-dire qu’il donne la parole à une personne décédée (ou à un objet) : le poète fait ensuite parler son amante.
La prise de parole est présentée comme soudaine avec l'adverbe de temps « tout à coup » au vers 17 et sacrée (« des accents inconnus à la terre » au vers 17).
Avec la personnification des bords (« du rivage charmé » au vers 18) et l'amplification de la parole (« échos » au vers 18), la nature s’en retrouve animée et prend vie.
La femme prononce alors un plaidoyer contre la fuite du temps
Le temps est personnifié (« Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices ! / Suspendez votre cours » aux vers 21 et 22).
L'apostrophe et l'emploi d’un verbe à l’impératif marquent une tentative d’agir sur le temps, par nature irrémédiable.
L'antithèse entre le verbe « savourer » et l’adjectif « rapides » au vers 23, ainsi que le superlatif « des plus beaux de nos jours » au vers 24, montrent que le moment est idéalisé.
Le contraste entre les vers 25 et 26 d’une part, qui parlent des « malheureux », et les vers 27 et 28 d'autre part, qui parlent des « heureux », oppose le malheur de beaucoup d’hommes et le bonheur de quelques-uns, dont le couple du poète et de son amante.
Mouvement 3 (vers 29 à 64) - Face à la victoire du temps, le refuge dans la mémoire
Les vers suivants traduisent une urgence de vivre, vaine face à l’inexorabilité du temps qui passe
La répétition « Aimons donc, aimons donc ! » (vers 29) et les impératifs « Hâtons-nous, jouissons ! » (vers 30) témoignent du fait que le poète s’inscrit dans le motif du carpe diem, c’est-à-dire l’injonction à profiter de la vie face à la fuite inexorable du temps.
Le temps serait une mer infinie mais par nature mouvante, sur laquelle l’homme naviguerait sans pouvoir jamais toucher terre (métaphore maritime au vers 31).
L'emploi du présent de vérité générale (« Il coule, et nous passons ! » au vers 32) exprime une réflexion universelle : le « nous » ne concerne alors plus seulement le poète et son amante, mais bien l’ensemble de l’humanité, victime de l’inexorabilité du temps qui passe.
La syllepse « nous passons » désigne le sens de navigation sur le fleuve que serait le temps et la mort.
Le poète s’inscrit dans une lutte avec le temps
Avec la personnification « temps jaloux » au vers 37, le temps est à nouveau personnifié, mais cette fois en ennemi.
Les questions rhétoriques et l’anaphore de « quoi ? » aux vers 41 et 42 indiquent que le poète se révolte contre la fuite du souvenir. L'accumulation des éléments personnifiés au vers 43 (« Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêts obscures ! ») et l'injonction répétée, à l’impératif, de garder le souvenir de la femme aimée (« gardez de cette nuit, gardez » au vers 44 et « soyez fidèles » au vers 49), servent à lutter contre l’oubli : le poète convoque la nature.
Le contraste entre le présent « dise » et le passé composé « ils ont aimé » dans le dernier vers « Tout dise : ils ont aimé ! » montre que la nature se fait porteuse d’un message : l’amour passée du poète et de son amante. L'absence de complément d’objet direct après le verbe « aimer » fait de l’amour un absolu, à l’image de l’amour que se voue le couple dans le souvenir du poète. L’amour survit ainsi grâce à la nature, que mobilise le poème qu’on est en train de lire.
Conclusion
Bilan
En rappelant dans son poème lyrique sa balade heureuse sur le lac avec son amante, le poète inscrit ainsi le souvenir de cette femme dans la nature.
Ouverture
Cette tentative de sauver le souvenir en l’inscrivant dans la littérature s’inscrit dans une longue tradition littéraire et perdure après Lamartine, par exemple dans À la recherche du temps perdu de Proust, dans l’épisode célèbre de la madeleine.