Pour vous préparer au baccalauréat de français, voici une fiche d'analyse linéaire de l'extrait commençant par « Pauvres gens et misérables », issu du Discours de la Servitude Volontaire d'Etienne de La Boétie.

Introduction
L’époque : le XVIᵉ siècle
Discours écrit vers 1549, en plein mouvement humaniste : on retrouve ainsi chez La Boétie cette volonté humaniste de remettre l’être humain au centre de toute réflexion.
L’auteur : Étienne de La Boétie
La Boétie a écrit Le Discours de La Servitude Volontaire entre ses 16 et 18 ans, alors qu’il est un brillant étudiant en droit, au point de retenir l’attention du roi Henri II lui-même. Plus âgé, il deviendra le meilleur ami d’une célèbre figure humaniste : Michel de Montaigne.
Le texte étudié : une adresse au lecteur
La Boétie s’adresse directement au lecteur et à tous les peuples opprimés. Il veut provoquer chez eux une prise de conscience afin de les faire sortir d’une servitude dont ils sont responsables, et ainsi mettre un terme à toute forme d’oppression tyrannique.
La problématique
Par quels procédés La Boétie cherche-t-il à provoquer chez son lecteur une prise de conscience et le désir de sortir de sa servitude ?
Mouvement 1 - Le peuple est responsable de la servitude qu’il subit
Le constat initial : le peuple est faible et aveuglé
• Un peuple « misérable »
Dès la première phrase, La Boétie utilise l’apostrophe « Pauvres gens et misérables », qui insiste sur la faiblesse, voire la pauvreté, des peuples soumis. L’emploi du présent de vérité générale montre que son propos est universel : il s’adresse à tous les peuples, de tous lieux et de toutes époques.
• Un peuple aveuglé
La Boétie utilise la métaphore de l’aveuglement, à travers l’adjectif « aveugles » ou encore le verbe « regarderiez ». Cela montre qu’un peuple soumis est incapable d’être lucide quant à sa soumission, ce qui le pousse à rester passif et à subir l’oppression sans réagir.
Un pillage total et évident
• L’utilisation des superlatifs est révélatrice : « le plus beau et le plus clair ». Les superlatifs montrent combien il est évident que le peuple est une victime perpétuelle du pillage tyrannique.
• Le pillage est complet, comme on le perçoit dans la succession de déterminants possessifs (« votre… vos… ») et dans l’emploi de gradations qui vont du larcin le plus petit au plus important : « champs… maisons… meubles », puis « biens, familles, vies ».
> Le peuple est littéralement dépouillé : le tyran cherche à lui voler jusqu’à sa propre vie.
L’idée maîtresse : la domination repose sur le peuple lui-même
L’idée maîtresse du raisonnement apparaît alors clairement lorsque La Boétie annonce : « vous faites si grand qu’il est ». Pour lui, c’est le peuple qui donne toute sa puissance au tyran. Le verbe « faire » est ici révélateur : c’est le peuple qui fait le tyran, le fabrique de toutes pièces par le pouvoir qu’il lui concède.Mouvement 2 - Le pouvoir d’un tyran n’est qu’une illusion
En réalité, le tyran n’est rien de plus qu’un humain
Dans un deuxième temps, La Boétie s’attache à désacraliser l’image du tyran, ce que l’on perçoit dans la négation restrictive employée : « ce maître n’a que deux yeux ». Il met en lumière sa condition humaine en énumérant les différentes parties de son corps : « yeux », « mains », « corps ».> Ce tyran n’a donc aucun caractère exceptionnel : ce n’est qu’un être humain face auquel il est possible de s’opposer.
Une domination fabriquée par le peuple
• Une prise de conscience nécessaire
La Boétie utilise toute une suite de questions rhétoriques pour pousser son lecteur à réfléchir sur son comportement face au pouvoir tyrannique. Ces questions sont autant de miroirs tendus à son interlocuteur pour qu’il regarde ses travers en face.
• Une remise en question dans laquelle l’auteur s’inclut
L’emploi d’un déterminant possessif dans le groupe nominal « nos villes » montre que l’auteur s’inclut dans cette réflexion. L’approche de La Boétie est bien humaniste : il s’agit de remettre l’humain au centre de la réflexion, y compris lui-même.
Une accusation sans complaisance
Le mouvement se termine sur une accusation assez violente, pour choquer son lecteur. Il accuse les opprimés d’être des « traîtres à eux-mêmes ». La passivité des peuples est une façon de se trahir soi-même, sans en être conscient. C’est bien une prise de conscience que La Boétie cherche à déclencher ici.> La dénonciation assez brutale du peuple a pour but de lui faire prendre conscience de sa passivité, mais surtout de le faire réagir et passer à l’action.
Mouvement 3 - Un message en faveur de la libération de tous les peuples
Un contraste saisissant entre le peuple et son tyran
• Les actions du peuple sont constructives
Les verbes associés au peuple sont « semez », « meublez », « nourrissez ». Tous ces verbes renvoient à l’idée de la fertilité et de la vie en général.
• Les actions du tyran sont destructrices : « il dévaste », « assouvit sa luxure », transforme les enfants en soldats pour les mener à la « boucherie ». Autant d’actions qui renvoient à l’idée de la violence et de la mort.
> Un jeu d’antithèse subtil entre la vie et la mort montre au lecteur que tout ce qu’il construit sera amené à être détruit par le tyran : il doit donc réagir.
La Boétie dénonce l’immoralité du tyran
Les actions condamnables du tyran deviennent de plus en plus choquantes. On trouve alors le champ lexical du péché pour insister sur l’immoralité du tyran en toute circonstance : « luxure », « convoitises », « vengeances ». Ces péchés sont associés à des déterminants possessifs (« sa », « ses ») pour montrer combien ils sont ancrés en lui.Le message final : la liberté est une question de volonté
• La Boétie cherche à montrer que le passage à l’action est accessible : il suffit d’arrêter d’obéir. L’adverbe « seulement » montre bien que le passage à l’action est à la portée de tous.
• L’impératif « soyez résolus » résonne à la fois comme un ordre et un conseil : il est suivi de « et vous voilà libres », ce qui transforme la liberté en une conséquence immédiate de la volonté.
> C’est un appel à la liberté qu’il propose ici, à travers une formule percutante qui trouvera un écho dans l’esprit de son lecteur.
Conclusion
Bilan
Dans ce célèbre extrait, La Boétie s’adresse à tous les peuples opprimés. Il cherche à obtenir d’eux une véritable prise de conscience à travers un texte qui met en lumière leur passivité dans la soumission, mais aussi leur capacité et leur légitimité à agir à l’avenir s’ils le veulent vraiment.
Ouverture
On trouve ici une sacralisation de la liberté des peuples que l’on retrouvera sous la plume des philosophes des Lumières, comme Diderot qui, dans l’Encyclopédie, affirmera que la liberté est un droit naturel et fondamental.