Vous préparez le concours Sciences Po ? Entraînez-vous sur les annales des années passées ! Voici le corrigé du sujet 2023 en questions contemporaines : Ce que la peur fait aux sociétés.

Comme nous l’avons vu au cours de l’Histoire, la peur, lorsqu’elle s’empare de la population, influence fortement les comportements au sein de la société. Mais surtout, elle influence le rapport des citoyens aux gouverneurs. Dans quel sens l’influence-t-elle ? C’est ce à quoi nous allons chercher à répondre aujourd’hui. Ainsi, nous allons nous demander : la peur au sein de la société renforce-t-elle la place des gouverneurs, ou bien, au contraire, la fragilise-t-elle ?
Pour répondre à notre interrogation, nous allons d’abord voir comment la peur peut influencer le vote au sein des sociétés, et ensuite, comment elle peut influencer la manière de se confronter par la force.
I. Le vote dans un état de peur
I.1 Vote par la peur pour l’arrivée des radicaux au pouvoir
Certaines crises ont conduit les populations étant dans la peur - peur qui a pu être utilisée par des politiques marginaux — à voter pour ces derniers. Pour citer quelques exemples, on peut évoquer le vote des Allemands pour le parti nazi dans les années 1930, dans un contexte de profonde crise économique postérieure à la Première Guerre mondiale, lorsque ce parti s’était fait élire avec des promesses de reconstruire l’économie, ou encore le Hamas dans les années 2000, dont les membres avaient misé sur la peur des Gazaouis envers Israël, qui s’est forgée avec la longévité du conflit israélo-palestinien, se présentant alors comme des résistants les plus aguerris. L’Histoire nous enseigne donc que certains régimes dictatoriaux ont su exploiter les angoisses présentes au sein des sociétés afin de prendre le pouvoir, pouvoir qu’ils n’ont pas quitté de leur plein gré par la suite.
I.2 Vote pour le maintien des gouverneurs par la peur
La peur peut, à l’inverse, inciter la population à voter pour le maintien au pouvoir des gouverneurs. Pour prendre un exemple concret, on peut citer la Russie, dont la population a encore gardé le traumatisme de la crise provoquée par la reconstruction, puis par la chute de l’ex-URSS, ce qui y a rendu la société fébrile à l’idée d’une nouvelle instabilité. C’est cet aspect de la population qu’utilise le dictateur Vladimir Poutine dans sa propagande étatique, avec laquelle il a pu persuader la première de la nécessité d’une stabilité du régime politique, qui passerait alors par son maintien au pouvoir. De même, il se présente comme un rempart contre un ennemi intérieur — la peur de ce dernier étant introduite par les démarches étatiques — comme lors de la guerre de Tchétchénie en l’an 2000, ou contre un ennemi extérieur, comme lorsqu’il a lancé celles contre la Géorgie en 2008, puis contre l’Ukraine en 2014, puis 2022, ce qui lui avait là aussi permis de monter significativement en popularité.
Cependant, ce mode opératoire ne lui a pas seulement permis de gagner en popularité, mais également, de mobiliser pour prendre part à un conflit militaire.
II. La confrontation par la force dans un état de peur
II.1 Participation aux actions de guerre des gouverneurs par la peur
Cette peur de l’ennemi insufflée par le régime n’a pas seulement encouragé la population à voter pour ce dernier, mais également, à prendre part à la guerre à ses côtés. Des témoignages de certains soldats montrent qu’une partie d’entre eux étaient persuadés, en partant au front, de prendre part à une action d’auto-défense — contre l’OTAN, contre l’Occident… — plutôt que d’invasion. Autrement dit, il s’agissait d’une réaction à la peur, qui avait alors été artificiellement créée par le régime.
C’est une stratégie semblable qui a été utilisée par le Hamas évoqué plus tôt dans la bande de Gaza pour enrôler adultes et enfants dans ses rangs militaires, ce qu’il performe le mieux à faire lorsque le climat est le plus anxiogène, à savoir lors des phases actives de guerre.
Cependant, même si la peur peut être exploitable de la sorte, elle peut également se retourner contre les régimes en question.
II.2 Peur entraînant la destitution des gouverneurs par la population
La peur du lendemain sous un régime totalitaire peut pousser la population à se confronter non pas pour le régime, mais contre lui. Et les exemples historiques qui l’ont démontré sont nombreux. En commençant par la Révolution française et en allant jusqu’aux révoltes contemporaines en Afrique ou encore au Moyen-Orient, le point de bascule est à chaque fois survenu lorsque la peur de ne plus pouvoir s’en sortir sous le régime en question était devenue supérieure à la peur de la répression, et qu’un tel constat était devenu partagé au sein de la société.
Ainsi, la peur au sein de la société ne profite donc pas toujours aux gouverneurs autoritaires. Mais une chose est sûre : que ça soit dans ce sens ou dans l’autre, lorsqu’elle est intense et répandue, la peur régit bel et bien la société et sa manière d’appréhender ses gouverneurs.
Conclusion
La peur au sein de la société peut drastiquement changer sa manière de voter et de se confronter (ou non) par les armes. En conscience de cela, certains régimes autoritaires ont instrumentalisé les peurs existantes et alimenté de nouvelles peurs pour fragiliser les gouverneurs en place et solidifier leur propre gouvernance sans jamais la céder, se procurant ainsi du soutien au sein de la société avec les votes, voire avec les armes. Cependant, la peur peut également se retourner contre ces régimes, lorsqu’elle fait que les citoyens décident de les destituer par la force.
Ceci nous amène à la conclusion que l’influence de la peur sur le comportement des sociétés vis-à-vis de leurs gouverneurs dépend surtout de celui qui, entre les deux, arrive à prendre le contrôle sur cette peur de manière à servir ses propres intérêts.
Références
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PEILLON, Luc. (2023, 22 octobre). CheckNews - Le Hamas a-t-il été élu démocratiquement en Palestine ? Libération. Consulté le 28/04/2026 sur : liberation.fr
Rédaction du site du TASS. (2025, 26 septembre). Путин: России сегодня втройне важна устойчивость политической системы. [Poutine : la stabilité a aujourd’hui trois fois plus importante pour la Russie.] Consulté le 28/04/2026 sur : tass.ru
TESQUET, Olivier. (2022, 22 mars). L’opinion publique russe adhère à la vision falsifiée de la réalité de Vladimir Poutine. Télérama. Consulté le 28/04/2026 sur : telerama.fr