Pour vous préparer au baccalauréat de français, voici une fiche d'analyse linéaire du poème Ma Bohème d'Arthur Rimbaud, extrait du recueil Les Cahiers de Douai.

Introduction
Présentation de l’auteur : Arthur Rimbaud
Grande figure de la poésie française, Rimbaud a réussi à se faire un nom alors qu’il n’a écrit de la poésie que jusqu’à ses 21 ans. Sa poésie adolescente, brillante et fulgurante, a fait de lui le précurseur de la poésie symboliste.
Présentation du recueil : Les Cahiers de Douai
Les Cahiers de Douai sont en réalité le regroupement de deux ensembles de poèmes composés par Arthur Rimbaud entre mars et octobre 1870, alors qu’il n’a que 16 ans. Il exprime dans ces 22 poèmes toute sa fougue, sa révolte et sa soif de liberté.
Contexte d’écriture
Rimbaud compose le poème Ma Bohème après sa deuxième fugue loin de son foyer familial, strict et conflictuel. Ce poème témoigne directement de cette expérience de voyage à pieds, à travers la nature, où il est seul et sans ressource, mais heureux.
Présentation du poème
Ma Bohème est un sonnet, probablement l’un des plus connus de Rimbaud, dans lequel il évoque sa vie de vagabond lors de ses fugues.
Problématique
Comment Rimbaud célèbre-t-il l’errance comme une voie d’accès à la création poétique ?
Premier mouvement – L’errance comme cadre de la création (premier quatrain)
Une errance sans but
L’imparfait d’habitude suggère un mouvement continu et répétitif : « Je m’en allais » (imparfait).
L’absence de complément circonstanciel de lieu suite au verbe aller renforce l’idée d’une errance sans destination. Le jeune poète semble se diriger partout et nulle part à la fois, au fil de son inspiration.
La liberté dans la nature
Le poète ne se présente pas marchant sur terre, mais « sous le ciel ». Il dispose de l’immensité à explorer, son voyage n’a pas de limite, tout comme son inspiration. Cette situation surprenante donne une impression de liberté totale propice à la création poétique.
Quand la pauvreté devient créatrice
Rimbaud insiste sur son dénuement avec les expressions : « les poings dans mes poches crevées » et « mon paletot devenait idéal ». Pourtant, cette pauvreté est magnifiée par l’imagination du poète : le réel devient un « idéal », ce qui montre que la vraie richesse du poète est dans sa capacité à s’émerveiller du monde autour de lui. Cet émerveillement est perceptible dans les interjections et les exclamations utilisées : « Oh ! là ! Là ! ».
Deuxième mouvement – Un Petit Poucet pauvre, mais heureux (deuxième quatrain)
Une misère totale
Rimbaud va plus loin dans l’image de la pauvreté, en évoquant ses habits troués : « mon unique culotte avait un large trou ». Cette pauvreté est renforcée par l’adjectif « unique », qui montre que le jeune Rimbaud ne dispose que du strict minimum, mais que cela lui est suffisant, seules l’intéressent la communion avec la nature et la création poétique.
La symbolique de la création poétique
Le vers « j’égrenais des rimes » renvoie à la figure du Petit Poucet : ici les cailloux deviennent la métaphore des rimes qu’il compose. Le mot « rimes » est volontairement mis en valeur grâce à un rejet, montrant que la poésie occupe la première place dans ses vers comme dans sa vie. L’errance, pour Rimbaud, semble faire partie du processus créatif.
Un lien unique avec la nature
Quand il évoque les éléments de la nature, le poète utilise de nombreux déterminants possessifs : mon, ma, mes. Le jeune poète ne possède rien, mais il est riche de ce que lui offre la nature et qu’il s’approprie : « mon auberge était à la Grande Ourse », « mes étoiles ».
Ce lien spécial passe aussi par le sentiment de protection que lui procure la nature : le ciel devient son « auberge », les étoiles lui chantent « un doux frou-frou », telle une berceuse maternante.
Troisième mouvement – La nature comme Muse (premier tercet)
Le rôle de la contemplation
La création poétique passe par la contemplation. Avec l’expression « assis au bord des routes », le poète montre qu’il marque une pause pour communier avec la nature. Ce temps de contemplation est présenté comme une étape nécessaire à la création poétique.
L’inspiration par tous les sens
Rimbaud cherche à créer un effet de synesthésie : on trouve par exemple les verbes « écouter » et « sentir », qui montrent que tous les sens du poète sont en éveil, et qu’il partage avec son lecteur cet éveil des sens, ce que l’on retrouve souvent dans les poèmes de Rimbaud.
La sacralisation de la nature
La comparaison « la rosée comme un vin de vigueur » montre que, par la poésie, les éléments naturels prennent des allures sacrées. Le « vin de vigueur » rappelle le sang du Christ dans les religions chrétiennes : ici le vin est un élément qui va nourrir à la fois le corps et l’âme du poète, en lui apportant l’inspiration nécessaire à la création.
Quatrième mouvement – La création poétique mise en abyme (deuxième tercet)
Une réflexion sur la poésie
Dans la dernière strophe, Rimbaud revient sur des termes propres au genre poétique avec des mots tels que : « rimant », « lyre », « pied ». Le lecteur comprend que le poète cherche à mener une réflexion sur sa propre création.
Une imagination ouverte sur un univers fantastique
La poésie est présentée comme un genre polymorphe, qui ne se limite pas au réel et peut se nourrir de toutes les formes d’imaginaire, y compris le fantastique. Cette idée est perceptible à travers le groupe nominal « ombres fantastiques » : le poète devient aussi celui qui a accès à l’invisible, à ce que les autres ne voient pas.
La tradition poétique remise en question
De façon surprenante, Rimbaud crée une comparaison entre une lyre et ses élastiques de chaussures. C’est une manière de critiquer le lyrisme traditionnel, habituellement ancré dans des sujets nobles alors qu’ici la création a pour support de vieux souliers usés. Les souliers se font ici métaphore du voyage comme de l’inspiration poétique, l’un étant la condition de l’autre.
Conclusion
Bilan
Dans Ma Bohème, Rimbaud présente l’errance comme une source de création poétique. Il montre qu’au contact de la nature, le dénuement matériel devient une véritable source de richesse intérieure, lui permettant une communion avec la nature et un accès privilégié à la création poétique. Cette célébration lui permet aussi de mener une réflexion sur la création poétique, proposant une approche moderne qui s’éloigne des codes poétiques classiques et traditionnels.
Ouverture
Ce poème fait écho à un autre poème des Cahiers de Douai : Sensation, poème dans lequel Arthur Rimbaud présente l’errance, la nature et la liberté comme les conditions nécessaires à l’inspiration poétique.
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