Pour vous préparer au baccalauréat de français, voici une fiche d'analyse linéaire de la tirade de l'inconstance dans la scène 2 du premier acte de Dom Juan de Molière.

Introduction
Présentation de l’auteur
Célèbre dramaturge, chef de troupe et comédien du 17e siècle, protégé de Louis XIV, Molière est déjà un homme de lettres reconnu quand il écrit et met en scène Dom Juan ou le Festin de Pierre, de son titre complet.
Présentation de la pièce
Dom Juan, pièce en 5 actes et en prose, permet à Molière de remettre en question les codes du théâtre classique à travers une pièce à mi-chemin entre comédie et tragédie (une tragi-comédie). Écrite en 1665, elle met en scène un personnage aussi séduisant que provocateur : Dom Juan, incarnation du libertin du 17e siècle.
Présentation du contexte d’écriture
Molière écrit son Dom Juan dans une période de disgrâce : il vient de connaître la censure de sa pièce précédente Le Tartuffe ou l'Imposteur.
Présentation du contexte de l’extrait
Au début de la pièce, dans la scène d’exposition, son valet Sganarelle fait un portrait très négatif de son maître : il le présente comme un homme libertin, qui utilise la séduction de façon immorale.
Présentation de l’extrait
Dans la scène 2 de l’acte I, Dom Juan prend la parole en personne et prononce sa célèbre tirade de l’inconstance. ll cherche à répondre aux reproches de son valet Sganarelle et développe ainsi un plaidoyer en faveur de son mode de vie : il revendique refuser la fidélité amoureuse, et s’explique de manière habile dans une tirade intelligemment construite. Cette tirade permettra aux spectateurs, par la même occasion, de mieux cerner Dom Juan et sa philosophie de vie.
Problématique
Dans quelle mesure cette célèbre tirade permet-elle à Dom Juan de justifier son inconstance tout en construisant une image positive de lui-même ?
Mouvement 1 - Un discours à double facette
Une critique de la fidélité pour valoriser l’inconstance
- Un choix audacieux : Dom Juan choisit de dénoncer la fidélité pour mieux valoriser son exact opposé. Question rhétorique pour montrer toute son incompréhension face au choix de la fidélité, absurde à ses yeux : « Quoi ? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend ? ». Cette question n’attend aucune réponse de sa part, il l’utilise pour mieux discréditer le discours de son valet Sganarelle, qu’il traite de façon hautaine et méprisante.
- La condamnation de la fidélité : termes négatifs pour la caractériser : « se lier », « renoncer au monde », « s’ensevelir », « être mort dès sa jeunesse ». Lexique qui renvoie au champ lexical de la souffrance et laisse entendre que la fidélité est un mal absolu, presque mortel.
- Le bon sens de l’infidélité : la fidélité serait donc une manière de renoncer à la vie tout entière. Utilisation de l’ironie pour renforcer cette idée, avec l’expression « la belle chose ». La technique de l’antiphrase donne l’impression d’un propos dédaigneux et moqueur de la part de Dom Juan.
> On comprend que cette manière d’imposer son point de vue est habile : Dom Juan cherche à anéantir fermement la thèse adverse, pour mieux valoriser la sienne.
Une défense face aux accusations
- Une défense pleine de mauvaise foi : Dom Juan cherche à se défendre vis-à-vis des accusations précédemment reçues. Il ne serait en aucune mesure responsable des reproches qui lui sont faits. Ce comportement inconstant serait une conséquence inévitable et compréhensible face au pouvoir de la beauté des femmes. Les qualités féminines sont résumées à leur beauté physique : elles sont nommées avec plusieurs métonymies, comme « les belles » ou « la beauté ». Dom Juan réduit l’intérêt d’une femme à son apparence physique et à l’effet de séduction qu’elle peut avoir sur lui.
- Une entreprise de victimisation : tournures significatives telles que « je cède facilement », « je ne puis refuser mon cœur ». Dom Juan apparaît alors comme l’innocente victime du pouvoir de séduction féminin, contre lequel il ne peut rien. Pour renforcer l’idée de son innocence, il utilise un lexique en rapport avec les thèmes du droit et de la justice : « toutes les belles ont droit de nous charmer », ou encore les « justes prétentions ». S’opposer au pouvoir de séduction des femmes serait presque pour lui commettre une injustice, y succomber devient alors une obligation morale.
> On retrouve toute la capacité de Dom Juan à détourner un discours afin qu’il soit en sa faveur, avec un sens de la manipulation qu’il exerce avec autant de rigueur que de mauvaise foi.
Mouvement 2 - Un autoportrait révélateur
Une figure de conquérant
- Un autoportrait de conquérant : Propos révélateurs de sa personnalité et de sa philosophie de vie. Il se dresse face aux spectateurs tel un conquérant qui a pour mission de séduire les femmes, chaque conquête féminine étant perçue comme une victoire.
- Une citation très explicite : Dom Juan explique avoir « l’ambition des conquérants qui volent perpétuellement de victoire en victoire et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits ». Il présente ses défauts comme des qualités, et son goût immodéré pour la séduction et le libertinage est considéré, de façon bien plus valorisante, comme de l’« ambition ».
> À travers cette métaphore du conquérant, Dom Juan se présente presque comme une figure héroïque, comparaison qui laisse transparaître son orgueil et son goût pour l’excès.
Une démesure tragique
- Un héros du libertinage : Dom Juan montre qu’il a pour point commun avec bien des héros tragiques un sens évident de la démesure, qui rappelle le péché d’hybris, omniprésent dans les tragédies antiques de Sophocle ou Eschyle.
- Un mauvais présage ? : Chez ce type de héros, c’est le fait de ne pas mettre de limite à leurs désirs et à leur orgueil qui cause directement leur perte, voire leur mort, bien souvent.
> Le spectateur, face à cette tirade révélatrice, peut alors se demander si le comportement de Dom Juan ne le poussera pas, à un moment ou un autre, à être rattrapé par une funeste fatalité.
Conclusion
La tirade de l’inconstance, formulée par Dom Juan dès la scène 2 de l’acte I, constitue un extrait capital pour cerner le personnage éponyme et les enjeux de la pièce.
Dom Juan cherche à la fois à réaliser un plaidoyer du libertinage, un réquisitoire contre la fidélité et un autoportrait sans nuance.
On perçoit d’office le talent oratoire qui est le sien, et qu’il met à profit dans ses multiples tentatives de séduction.
Toutefois, l’orgueil dont il fait preuve laisse présager un revers de médaille digne des héros antiques, tel un Prométhée dont l’audace causera la perte.