Les questions d'histoire présentées ici se distinguent par leur inscription dans une actualité : elles questionnent le passé à l'aune du présent du XXIe siècle. Les résonances du passé, en effet, sont latentes : l'histoire se réécrit sans cesse, comme en témoigne une historiographie bourgeonnante.

Sujet 1 - Est-ce que la notion de frontière a encore un sens actuellement ?
Les frontières sont des
réalités spatiales historiques, relevant de la convention. Elles résultent des
guerres, des invasions, du développement de la production et du commerce, des
conquêtes. Ce sont des discontinuités spatiales, qui organisent le territoire
des États-nations. Si elles symbolisent une vocation de séparation, il faut
également les concevoir en tant qu'interfaces, c'est-à-dire des lignes qui
rendent possibles des échanges entre les deux territoires qu'elle sépare. Avec
la mondialisation, certains pays voient la notion de frontière s'effacer, dans
le cadre de ce qu'il convient d'appeler des frontières ouvertes (Jacques
Lévy) : néanmoins, la frontière américano-mexicaine, israélo-palestinienne,
celle des enclaves de Ceuta et Melilla continuent à marquer des fermetures
spatiales. De même, les mesures de fermetures de frontières dues au coronavirus
questionnent la vision d'un monde uniformisé, notamment au sein de l'espace Schengen.
Sujet 2 - Se souvenir permet-il d'éviter les erreurs du passé ?
Le recours à la longue durée,
la mise en perspective d'événements et de contextes appartenant à différentes
périodes rendent attentif aux continuités et aux ruptures. « L'histoire
est vectrice d'une leçon morale » pour Thucydide, auteur de la Guerre du Péloponnèse. Cette vision reste partagée aujourd'hui, alors que l'histoire
s'analyse dans une dialectique présent/passé. Grâce aux recherches historiques,
la mémoire de certains évènements peut être rétablie. L'exemple des crimes de
masse de la Seconde Guerre mondiale en témoigne : sa mémoire complexe,
aujourd'hui encore sujette à des contestations négationnistes, a été écrite
dans une volonté d'établir un récit qui servira aux générations futures. La
reconnaissance du terme de génocide a aidé à mettre au jour les enjeux humains
du conflit.
Sujet 3 - Pourquoi la notion de « guerre juste » fait-elle débat encore aujourd'hui ?
La notion de guerre juste tire
ses origines des conflits louis-quatorziens. Au XVIIe siècle, les guerres
menées par le roi Soleil sont discutées pour juger de leur justice. À l'époque,
l'on considère que la guerre doit être menée pour que le pays se conforme à ses
limites naturelles : notamment le Rhin à l'Est. D'où les guerres
prétendument justifiées, comme celle de Dévolution (1667-68). Mais une guerre
peut-elle réellement être justifiée par des principes territoriaux, ou même par
des valeurs ? Faire la guerre au nom de valeurs, c'est les considérer comme
prépondérantes : or elles sont relatives. Ainsi la guerre en Irak en 2003
voit le triomphe de l'impérialisme des États-Unis, tout en étant fruit d'une
décision arbitraire et condamnée. Les conflits actuels, comme celui qui a lieu
depuis des années en Israël et en Palestine, continuent d'agiter des tensions
internationales sur leurs prétendues justifications.
Sujet 4 - En quoi l'affaire Dreyfus témoigne-t-elle d'un débat entre deux conceptions de la France ?
Cette affaire d'espionnage
entre 1894 et 1898 divisa la France en deux. D'un côté une France antisémite,
nationaliste, cléricale ; de l'autre républicaine, héritière de la Révolution
française. La publication de J'accuse, en 1898, sépare puissamment la société
française. Des hommes et des femmes prennent position dans l'espace public, au
nom des valeurs du pays. La presse a été l'un des acteurs majeurs du conflit : ainsi
la Libre Parole de Drumont, journal antisémite virulent, témoigne-t-il d'aspirations
nationalistes et antisémites.
Sujet 5 - En quoi le Romantisme est-il un mouvement littéraire qui s'inscrit dans un siècle éminemment politique ?
Marquant un renouveau de la création, un retour de la vie littéraire, la conversation très importante au centre de la création littéraire, voire un retour à la sociabilité littéraire, le Romantisme éclot au début du XIXe siècle. Les Romantiques se retrouvent surtout à Paris, assistent aux débats de la chambre entre les ultras (qui veulent un retour à la société d'Ancien Régime), assistent aux réceptions de l'académie, aux cours de la Sorbonne. Ils ont une grande curiosité intellectuelle, et leur bouillonnement a des résultats politiques : les journées de juillet 1830 illustrent le besoin de renouveau politique qui découle de leur quête artistique.
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Sources :
- Thucydide, La Guerre du
Péloponnèse
- La France au XIXe siècle -
Claire Fredj
- Multiples travaux de Jacques
Lévy sur la notion de frontière
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