Le modèle de Porter est un modèle d'analyse stratégique qui vise à décrire l'intensité concurrentielle qui s'applique à une entreprise, un sous-secteur ou un secteur d'activité. Le modèle a été mis au point dans les années 1980 par Michael Porter, et veut analyser la concurrence en étudiant le pouvoir de négociation des clients, celui des fournisseurs, la menace de potentiels produits de substitution, la menace de nouveaux entrants, ainsi que l'intensité globale qui résulte de tous ces critères. Nous les étudierons les uns après les autres et dresserons une analyse de leur impact sur le marché du vin.

Le pouvoir de négociation des clients
Le
pouvoir de négociation des clients acheteurs de vin est globalement limité.
Considérés individuellement, les clients semblent avoir peu d'influence sur les
producteurs de vin et sur le marché dans son ensemble. Seuls quelques clients
particulièrement importants ou prestigieux semblent être à même d'impacter le
marché du vin. C'est le cas par exemple d'immenses groupes hôteliers ou encore
de chaînes de distribution de grande envergure, pour certains producteurs de
vin. Néanmoins, le pouvoir de négociation des clients semble demeurer limité
sur le marché du vin, qui semble être plus favorable aux producteurs qu'aux
consommateurs.
Le pouvoir de négociation des fournisseurs
Les
fournisseurs du marché du vin sont principalement les producteurs de raisin
destiné à la filière viticole, ainsi que les producteurs de bouteilles en
verre. Le raisin étant la matière première du vin, son importance est capitale.
Les producteurs de raisin sont extrêmement nombreux et l'on pourrait croire, de
fait, que leur pouvoir de négociation est relativement limité. Cela n'est
néanmoins pas du tout le cas, notamment pour les parcelles les plus prestigieuses,
les plus connues, permettant les meilleurs rendements, les vins de la
meilleure qualité. De fait, le pouvoir de négociation des fournisseurs peut
clairement être établi comme étant important. Ce sont en effet eux qui dictent
partiellement les prix de vente du vin, via les prix d'achat des matières
premières. Ceux-ci ne dépendent pas uniquement de leur volonté, mais également
des quantités, de la qualité des raisins, elles-mêmes fortement dépendantes des
conditions météorologiques durant la culture et la récolte du raisin.
La menace de produits de substitution
D'une
façon générale, la menace de produits de substitution est modérée. Il semble
difficile de remplacer le vin par un quelconque autre produit, alcoolisé ou
non. Certains consommateurs, néanmoins, tendent à réduire leur consommation d'alcool
et optent donc pour des boissons pas ou moins alcoolisées, telles que la bière
ou les sodas. Néanmoins, le vin conserve une place importante dans l'alimentation
des Français et des Européens, et la menace représentée par les produits de
substitution semble être limitée et sous contrôle, notamment pour les vins les
plus célèbres, les plus reconnus, issus des grandes maisons et des grands
châteaux français. Il semble par exemple irréaliste aujourd'hui d'imaginer un
repas dans un restaurant gastronomique sans vin, avec un autre alcool proposé
ou seulement de l'eau offerte aux clients. Le vin est un produit souvent
associé au luxe et au plaisir notamment de la gastronomie, et cette hégémonie
ne semble pas pour le moment remise en question.
La menace de nouveaux entrants
Le
marché du vin est un marché mature, déjà bien établi, sur lequel on peut
considérer la menace de nouveaux entrants comme modérée. En effet, s'il semble
relativement acquis qu'il est très difficile de ne partir de rien et de créer
du vin rapidement, à partir d'une parcelle de terrain, on observe néanmoins une
évolution du marché et l'arrivée de nouveaux entrants sur le sous-segment des
vins en biodynamie par exemple. Ceux-ci ne sont pas des acteurs complètement
nouveaux sur le marché, mais ils ont opéré un virage depuis une activité
traditionnelle, le plus souvent, et arrivent donc sur un segment plutôt récent,
encore peu encombré et non encore mature. Ils peuvent ainsi partiellement être
considérés comme de nouveaux entrants sur le marché, ou du moins comme des
acteurs ayant opéré un virage hors du tracé classique et commun au marché. Les
consommateurs semblent être de plus en plus en recherche de ces produits moins
transformés, plus à l'écoute de la terre, plus en osmose avec la naturalité.
L'intensité concurrentielle globale sur le marché du vin
Après l'étude des quatre premiers segments du modèle de Porter, il semble que l'intensité concurrentielle sur le marché du vin soit moyenne ou modérée. Le pouvoir de négociation des clients est clairement limité, celui des fournisseurs plus importants. La menace de produits de substitution, si elle ne peut être complètement occultée, n'est pas très intense. En revanche, la menace de potentiels nouveaux entrants n'est pas à négliger. Ceux-ci pourraient en effet bien venir de l'intérieur du marché lui-même, avec une forte évolution et transformation du marché en faveur de nouveaux produits orientés vers la biodynamie, notamment, qui opéreraient un virage important pour l'ensemble du marché.
Le marché du vin est un marché où l'intensité concurrentielle, d'après l'analyse de Michael Porter, est modérée. Cet aspect modéré cache néanmoins de grandes disparités selon les régions, les types de vins, les cépages, les châteaux, leur renommée. Dans tous les cas, le marché du vin est un marché actif, en perpétuelle mutation, qui contribue positivement à l'économie nationale, et cette tendance devrait se poursuivre dans les années à venir.