Dans le cadre de la question littéraire du CAPES de Lettres modernes 2026 consacrée aux « méchants et méchantes », vous êtes amené à vous interroger sur la figure du méchant aussi bien sur le plan esthétique, philosophique que narratif. Il serait en effet trop simple de réduire le méchant à une simple opposition au héros. Il sera en tout cas intéressant de montrer comment le méchant sert à structurer le récit et à s'opposer au héros, de façon parfois complexe.

Particularités et attendus de la question littéraire au CAPES de Lettres modernes
Quels sont les attendus principaux du jury ?
L’épreuve de littérature du CAPES de Lettres modernes repose sur la capacité du candidat à analyser une question littéraire transversale à partir d’un corpus d’œuvres variées. Elle ne consiste pas uniquement à illustrer un thème par des exemples, mais à problématiser une notion littéraire, en mobilisant des outils d’analyse précis.
Le candidat doit pouvoir :
- définir les notions utilisées : méchant, antagoniste, mal, bien, transgression ;
- éviter de proposer simplement des résumés ;
- construire une problématique claire et pertinente, bien énoncée ;
- mobiliser des œuvres variées et bien maîtrisées ;
- proposer une lecture intelligente et nuancée de la question ;
- combiner analyse théorique et critique littéraire.
Présentation générale du thème : « Méchants et méchantes »
La figure du méchant occupe une place centrale dans l’histoire de la littérature. Elle permet de structurer le récit à partir d’oppositions fondamentales (bien/mal, ordre/chaos, norme/transgression).
L’évolution des formes littéraires conduit ainsi à une remise en cause progressive de la distinction nette entre héros et méchant.
Corpus et œuvres majeures à connaître
Psychanalyse des contes de fées
Conseils méthodologiques
1. Toujours se fonder sur une définition des termes
2. Éviter la simple accumulation d’exemples
3. Penser en termes de fonctions
4. Adopter une progression historique
5. Soigner la problématique
Exemples de sujets avec plans corrigés
Sujet numéro 1 : Comment s’est forgée la figure du méchant dans la littérature ?
1. Une figure héritée de traditions littéraires
Le méchant s’inscrit dans une longue tradition culturelle. Il représente très souvent le chaos face à l’ordre. Dans la mythologie scandinave, par exemple, Loki se présente comme le dieu du désordre face à Thor qui représente davantage la justice. C’est également la figure du traître dans les chansons de geste, par exemple.
2. Des procédés de caractérisation marqués
Le méchant obéit très souvent à une caractérisation physique très marquée. Par exemple, le Dracula de Bram Stroker apparaît d’emblée comme repoussant. Il ne possède pas un visage comme les autres. La monstruosité de leur apparence apparaît ainsi comme un reflet de leur monstruosité à l’intérieur. L’une faisant écho à l’autre.
3. Le rôle des stéréotypes sociaux et culturels
Les méchants traduisent souvent les peurs de la société. En effet, le méchant est souvent représenté par les étrangers, les marginaux. Le romancier naturaliste du XIXe siècle Émile Zola, par exemple, associe la déviance morale à des déterminismes sociaux. On parle alors de la notion d’atavisme. Comme l’a dit Bruno Bettelheim dans Psychanalyse des contes de fées, le coup représente la sexualité, qui représente une sorte de peur pour l’enfant.
Sujet numéro 2 : Quelle est la fonction du méchant dans le récit ?
1. Un moteur essentiel de l’intrigue
Le méchant est bien souvent un véritable moteur dans le récit. Il n’est pas souvent un obstacle parmi les autres. Dans les contes, par exemple, il constitue une part essentielle de l’intrigue. Le loup dans le chaperon rouge permet de constituer véritablement le récit.
2. Une fonction morale et idéologique
La méchanceté sert à démontrer en négatif ce qui est bien. En effet, parce qu’il représente le mal de façon paroxystique, on peut alors deviner ce qui est le bien, en particulier dans les récits littéraires particulièrement manichéens.
3. Une fonction critique du monde social
Mais dans les œuvres littéraires, les méchants dépassent le strict cadre du personnage individuel. Balzac, par exemple, excelle dans sa capacité de ce que l’on pourrait appeler des personnages types. On peut penser, par exemple, au personnage de Rastignac, celui du jeune ambitieux qui s’écrie "à nous deux Paris". Il représente plus que lui-même dans la mesure où il représente la façon dont l’ambition peut se présenter comme un mal qui ronge véritablement la société.
Sujet numéro 3 : Comment la figure du méchant peut être plus complexe et remise en cause ?
1. La complexification psychologique des personnages
La distinction entre le Bien et le Mal n’est pas toujours aussi simple, pas toujours aussi manichéenne. En effet, chez Stendhal, les personnages sont souvent traversés par des conflits intérieurs très forts qui rendent la frontière entre le bien et le mal plus floue que dans des récits littéraires manichéens. Dans le Roman de Renart, par exemple, peut-on véritablement dire que le personnage de goupil est un personnage parfaitement bon ? En effet, il apparaît en vérité comme un personnage malin à la limite de la sournoiserie et de la fourberie.
2. Le point de vue inversé : le méchant comme héros
Parfois, le personnage de méchant peut occuper une position plus centrale. C’est ce que l’on peut constater dans le roman de l’écrivain russe Dostoïevski Crime et Châtiment. Dans ce roman, nous suivons le personnage de Raskolnikov qui n’hésite pas à tuer une vieille usurière dans la mesure où il pense qu’elle n’a pas besoin d’un argent qu’elle a en plus accumulé d’une façon elle-même immorale. Nous pouvons alors, en lisant ce roman, nous placer selon le point de vue du personnage principal.
3. Une remise en cause de la notion même de méchanceté
Certains romans vont d’ailleurs encore plus loin pour remettre en cause la notion même de méchanceté. En effet, peut-on faire la distinction de façon si simple entre le Bien et le Mal. Est-ce que dans la littérature comme dans la vie, tout n’est jamais ni noir ni blanc, mais plutôt dans une sorte de zone grise où rien n’est jamais clairement défini pour toujours ?
FAQ – Méchants et méchantes au CAPES
Pourquoi étudier la figure du méchant en littérature ?
Parce qu’elle permet d’analyser la construction des structures narratives et de la construction de l’imaginaire collectif.
Le méchant est-il toujours opposé au héros ?
Non, la distinction entre bon et méchant n’est pas toujours si nette dans les récits littéraires.
Quels auteurs sont essentiels pour ce thème ?
On peut faire référence de manière très profitable aux écrivains réalistes et naturalistes, tels que Zola ou Balzac, par exemple, mais aussi les contes de Perrault.
La méchanceté est-elle innée ou construite ?
La littérature tend souvent à déconstruire l’idée que la méchanceté puisse être véritablement innée.
Peut-on avoir un méchant sans morale ?
Les romans s’intéressent à des figures amorales plutôt que strictement « méchantes ».
Bibliographie
Balzac, H. de. (1835–1848). Le Père Goriot (et autres œuvres de La Comédie humaine). Paris : Furne.
Bettelheim, B. (1976). Psychanalyse des contes de fées. Paris : Robert Laffont.
Dostoïevski, F. (1866/1994). Crime et châtiment (A. Markowicz, Trad.). Arles : Actes Sud.
Perrault, C. (1697/2006). Contes. Paris : Gallimard (Folio classique).
Stendhal. (1830/2000). Le Rouge et le Noir. Paris : Gallimard (Folio classique).
Zola, É. (1880/1998). Le Roman expérimental. Paris : Garnier-Flammarion.
Le Roman de Renart. (XIIe–XIIIe siècle/1998). Paris : Le Livre de Poche.
Stoker, B. (1897/1992). Dracula. Paris : J’ai Lu.
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