Fiche de lecture linéaire - Transformation en rhinocéros, Rhinocéros, Eugène Ionesco

Exemples de document01 Juil 2026

Pour vous préparer au baccalauréat de français, voici une fiche d'analyse linéaire de la transformation en rhinocéros (Acte II, tableau 2) dans la pièce de théâtre d'Eugène Ionesco !

Fiche de lecture linéaire - Transformation en rhinocéros, Rhinocéros, Eugène Ionesco


Introduction 

Présentation de l’auteur

Eugène Ionesco est né en Roumanie et mort à Paris en France. On le présente volontiers comme un représentant majeur du théâtre dit de l’absurde avec des pièces telles que La Cantatrice chauve, La Leçon, Les Chaises, Rhinocéros et Le roi se meurt.

Présentation de la pièce

Rhinocéros est peut-être la pièce pour laquelle Eugène Ionesco est le plus connu. Elle nous présente une ville ordinaire dans laquelle les hommes vont peu à peu se transformer en rhinocéros. Cette transformation qui agit telle une contagion, est une métaphore du conformisme et de la façon dont une idéologie peut « contaminer » toute une population donnée.

Présentation du contexte d’écriture

Eugène Ionesco écrit au milieu du XXe siècle à une période où les horreurs de la Seconde Guerre mondiale sont encore très proches. L’intellectuel, l’écrivain qu’il est se pose des questions sur la façon dont des sociétés ont pu se laisser embarquer dans des idéologies telles que le nazisme, mais également le stalinisme, par exemple.

Situation de l’extrait

Cet extrait se situe dans le deuxième tableau de l’Acte II, à un moment où Bérenger vient rendre visite à son collègue et ami Jean, étrangement absent du travail depuis quelques jours.

Problématique

Dans quelle mesure la transformation de Jean en rhinocéros met-elle en évidence la critique du conformisme et la perte progressive de la rationalité dans le théâtre de l’absurde ?


Premier mouvement – Une discussion encore rationnelle

Une discussion encore cordiale entre deux collègues

Dans le premier mouvement du passage, nous pouvons observer une discussion cordiale entre les deux collègues.

Cependant Jean semble montrer des signes de faiblesses que l’on peut ainsi répertorier : « une petite migraine », « enrouée », « une faiblesse passagère ». Ces différents éléments contrastent déjà avec ce que l’on a pu percevoir de Jean jusqu’à présent. En effet, dans la pièce, si Bérenger apparaît souvent comme un être un peu nonchalant, par opposition, Jean se montre souvent plus volontaire, énergique, décidé.

Un contraste qui transparait dans le langage

Le contraste entre les deux personnages apparaît également dans le langage comme nous pouvons le voir avec les répliques plutôt longues de Bérenger qui témoignent de sa volonté de faire preuve de compréhension à l’égard de son collègue : « Encore une fois, excusez-moi d’y revenir, je ne m’y étendrai pas longtemps. Je tiens donc à vous dire, mon cher ami que, chacun à sa façon nous avions raison ».

Au contraire, le ton de Jen est bien plus sec avec souvent des phrases très courtes et tranchantes : « ça ne m’étonne pas de vous », « je me sens très bien ».


Deuxième mouvement – Dérèglement et montée de l’absurde

C’est là que l’on peut observer le comique de l’absurde, une dimension très importante de l’œuvre dramaturgique d’Eugène Ionesco.

L’apparition d’un malaise physique et symbolique

On remarque que le personnage de Jean s’attarde sur le front. On sait que c’est parce que c’est par ce lieu que la corne va surgir. Jean explique que c’est surtout le front qui lui fait mal, alors qu’il ne s’est pas cogné, qu’il n’y a aucune raison objective à ce que cette partie de son corps lui fasse mal.

Un personnage sûr de lui, mais déjà idéologiquement rigide

On remarque également la fierté du personnage de Jean : je suis maître de mes pensées, je ne me laisse pas aller à la dérive. Je vais tout droit. Je vais toujours droit. Et l’on remarquera dans la pièce que ce sont paradoxalement les personnages en apparence les plus volontaires qui seront le plus rapidement contaminés, au contraire de Bérenger qui se présente comme un peu lâche, un peu indécis et qui ne subira jamais cette transformation en rhinocéros.

Le présent de vérité générale et la rigidité de pensée

Jean se présente souvent comme un personnage qui a des idées bien arrêtées, comme nous pouvons le constater avec le présent de vérité générale ou présent gnomique : « les médecins inventent des maladies qui n’existent pas ». Il peut ainsi se présenter comme l’individu buté par excellence, ce qui le rend d’autant plus perméable aux idéologies.


Troisième mouvement – La transformation devient effective

L’irruption du grotesque et du comique final

On sent bien que Jean bascule complètement dans la transformation en rhinocéros lorsqu’il déclare : « je n’ai confiance que dans les vétérinaires ». C’est un autre ressort comique qui est mis en évidence par la même occasion ici avec l’irruption du grotesque.

La rupture du lien social et de l’amitié

Par la même occasion, Jean se montre très agressif à l’égard de Bérenger : « l’amitié n’existe pas. Je ne crois pas en votre amitié ». Là encore, l’usage du présent de vérité générale accentue le caractère buté du personnage.

La fragmentation du langage et la déshumanisation

Ionesco utilise toutes les sortes de comiques dans ce passage comme on peut le voir ensuite lorsque Jean déclare : « Oui, je suis misanthrope, misanthrope, misanthrope. Ça me plaît d’être misanthrope ».

Par la suite, Jean va jusqu’à perdre l’usage de la parole en ne prononçant plus que « brr » plutôt que des paroles d’homme sensé qui serait capable de produire un langage articulé : « chaud… trop chaud. Démolir tout cela, vêtements. Ça gratte, vêtements, ça gratte ». Jean ne sait donc plus que produire des propos décousus et n’est plus capable de structurer une phrase. C’est qu’il s’achemine alors vers la phase terminale de sa transformation.

Une contradiction finale révélatrice de la mutation

Jean se montre également plein de contradictions en affirmant : « Pourquoi ne pas être un rhinocéros ? J’aime les changements » alors qu’il s’est montré jusqu’à présent comme ferme et décidé et qu’il en était fier.


Conclusion

Bilan

Dans cette pièce de théâtre, Eugène Ionesco nous fait partager l’existence d’une communauté banale d’hommes et de femmes qui bascule dans une idéologie totalitaire. Pour ce faire, le dramaturge utilise ce que l’on nomme une allégorie dans la mesure où la transformation en rhinocéros symbolise ce basculement dans l’idéologie totalitaire.

Ouverture

On peut rapprocher cette réflexion sur la transformation et la perte d’humanité d’autres œuvres du théâtre de l’absurde, notamment celles d’Eugène Ionesco lui-même, comme La Cantatrice chauve, où le langage se vide également de son sens et révèle une crise de la communication et de la pensée.

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