Ce lundi 15 juin, les candidats du baccalauréat technologique ont dû se pencher sur l'épreuve de philosophie. Voici les réponses aux questions posées sur le texte Le Juste (Paul Ricoeur, 1995), proposées en exclusivité par MyStudies !
![Le Juste, Paul Ricoeur (1995) - Bac technologique Philosophie 2026 [Corrigé]](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fncd1.msnocookie.com%2Fimage%2Fms%2Fmsimages%2Fblog_gallery%2Fbanniere-le-juste-ricoeur-640x480_00f02a079a.jpg&w=3840&q=75)
Option n°1 – Réponses aux questions
A. Éléments d’analyse
1. Pourquoi aurions-nous tendance à « réduire la violence à l’agression » ? En quoi est-ce un tort selon l’auteur ?
Nous aurions tendance à « réduire la violence à l’agression », car l’agression est un phénomène visible, matériel : elle est donc facilement identifiable, contrairement à d’autres formes de violence.
Selon Paul Ricœur, cela est un tort, car cette simplification omet la vengeance, qui est une forme de violence qui dure dans le temps et qui entretient le conflit plus qu’il ne le résout : la victime de la vengeance se sentira en effet en droit de se venger à son tour, conduisant à un cercle infini de vengeances.
2. À partir de la définition de la vengeance proposée par l’auteur, expliquer en quoi elle constitue une « simulation » de justice.
La vengeance est assimilée à la justice, car elle permet de punir une faute et réparer un tort. Mais cela n’est qu’une simulation, car la justice est universelle, commune à tous, et privilégie le collectif à l’intérêt personnel. La justice est donc davantage légitime et n’est pas issue d’une pulsion personnelle, d’un désir de vengeance qui conduira la victime à devenir coupable à son tour.
3. Par quels moyens est-ce que « la puissance publique confisque pour elle-même [le] pouvoir de dire et d’appliquer le droit » ?
La puissance publique interdit la vengeance : elle retire aux individus « le droit et le pouvoir de se faire justice à eux-mêmes ». La victime ne décide pas du sort d’accusé, qui est alors soumis aux procédures, aux lois, aux tribunaux et aux décisions de justice. La peine n’est donc pas proportionnelle aux ressentiments de la victime, mais conditionnée par des règles applicables à tous.
4. À partir d’un exemple, expliquer en quoi la punition demeure une forme « civilisée » de la vengeance.
Une tentative de meurtre amène à l’arrestation du coupable. La victime survit miraculeusement. La famille de la victime pourrait chercher à se venger, en tuant des membres de la famille du coupable (ce qui serait injuste envers eux) ou en tuant ou humiliant le coupable publiquement (ce qui serait contraire aux droits humains). La punition, prononcée par la puissance publique (une peine d’emprisonnement, par exemple), permet de modérer les répercussions de la faute tout en appliquant une privation au coupable.
B. Éléments de synthèse
1. Quelle est la question à laquelle l’auteur tente de répondre ici ?
L’auteur se demande comment la justice vient remplacer la vengeance pour appliquer une sanction tout en garantissant les droits humains.
2. Dégager les différents moments de l’argumentation.
Paul Ricœur découpe son argumentation en quatre temps. Premièrement, il cherche à définir la notion de violence. Ensuite, il condamne la vengeance, qui ne fait qu’alimenter la violence. Il présente alors la justice comme une solution privant les individus de la faculté de juger par eux-mêmes pour garantir des peines justes et équitables. Pour finir, il nuance son propos en précisant que la justice conserve une forme de vengeance.
3. En prenant appui sur les éléments précédents, dégager l’idée principale du texte.
L’idée principale du texte est que la justice n’existe vraiment que lorsque la société remplace la vengeance individuelle par une décision publique, car cela pacifie les relations humaines. Loin de supprimer toute forme de violence, elle permet rend au moins les peines plus civilisées.
C. Commentaire
1. Selon ce texte, est-ce à la société ou à l’individu de rendre la justice ?
Selon le texte, c’est à la société de rendre justice. Cela évite les représailles incessantes, et protège ainsi à la fois le coupable et la victime.
2. La justice est-elle nécessairement violente quand elle punit ?
Une punition entraine inévitablement une forme de violence. Cette violence n’est pas forcément une agression, comme définie au début du texte, mais peut prendre la forme d’une contrainte (amende, privation de droits, etc.). Cette violence est cependant modérée et maîtrisée par rapport à la vengeance.
Option n°2 – Plan de développement
Proposition de problématique
Comment la justice peut-elle apparaître, dans le texte de Ricœur, comme une forme civilisée, mais ambiguë de vengeance ?
Plan de développement possible
I. Une distinction fondamentale entre la vengeance et la justice
A. La vengeance comme prétention individuelle à se faire justice soi-même
B. L'acte fondateur de la justice : la confiscation du pouvoir de violence privée
II. L'ambiguïté de la justice : la marque persistante de la violence dans la punition
A. La punition comme forme atténuée et civilisée de la vengeance
B. La tension entre l'exigence d'équité et la satisfaction de la rancœur