Ce jeudi 11 juin, les candidats du baccalauréat technologique ont dû se pencher sur l'épreuve de français. Voici des plans détaillés corrigés pour les 3 sujets de dissertation proposés sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle.
![Bac technologique Français 2026 - Essais [Corrigé]](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fncd1.msnocookie.com%2Fimage%2Fms%2Fmsimages%2Fblog_gallery%2Fbanner-bac-technologique-essais-2026-vert-v1-640x480_bf6ddc5538.jpg&w=3840&q=75)
Sujet A - La Boétie, Discours de la servitude volontaire. Parcours : « défendre » et « entretenir » la liberté
Le besoin d’appartenir à un groupe empêche-t-il d’être libre ?
Éléments d'introduction
Définition des termes du sujet
- « besoin d'appartenir » : nécessité instinctive
- « groupe » : communauté, société, foule, réseau
- « être libre » : libre arbitre, autonomie de pensée et d'action
- On peut répondre par oui ou non : plan dialectique attendu
Œuvre au programme : Le Discours de la servitude volontaire de La Boétie (1576) interroge le paradoxe d'un peuple qui se soumet volontairement à un seul tyran.
Texte support : extrait de Thierry Wolton, Les Nouvelles Routes de notre servitude (2022), qui prolonge cette réflexion à l'ère numérique.
Problématique : Comment l'individu peut-il concilier son appartenance à un groupe avec la préservation de son libre arbitre et de son esprit critique ?
I. L'appartenance à un groupe semble être une aliénation qui prive l'individu de sa liberté
A. La servitude volontaire décrite par La Boétie
Les peuples renoncent d'eux-mêmes à leur liberté pour se fondre dans la masse soumise au tyran, par habitude, illusion de sécurité et lâcheté.
B. L'effet de groupe décrit par Wolton
Le mimétisme et le conformisme imposés par le groupe poussent l'individu à renoncer à sa singularité et à sa pensée propre. Les algorithmes dictent nos choix, opinions et rencontres, ce qui rend le libre arbitre illusoire.
II. L'appartenance à un groupe est une condition nécessaire à l'existence sociale
A. La recherche de sa propre identité dans un groupe
Le groupe permet de « faire société », de partager un langage commun, de construire son identité par la confrontation avec autrui.
B. La recherche de sécurité et d’égalité
L'homme est un être social par nature : se rassembler relève de l'instinct, du besoin de sécurité et d'égalité (exemple : les minorités forment des groupes pour revendiquer leurs droits).
III. La véritable liberté consiste à appartenir au groupe sans perdre son esprit critique
A. Un choix conscient de ses appartenances
Un esprit éclairé peut appartenir à un groupe sans renoncer à juger. Wolton relève la nécessité de prendre du recul vis-à-vis des outils numériques et des algorithmes pour préserver son libre arbitre face à l’uniformisation (autre référence possible : Montaigne, les Essais).
B. Le groupe comme moteur de la liberté
Un sentiment de « libération collective » est évoqué par Wolton : l'internaute gagne un sentiment d'appartenance et de force collective, notamment lors de mobilisations sociales. La Boétie reconnait également la force du groupe, qui permet de renverser un tyran.
Sujet B - Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, troisième soir. Parcours : le goût de la science
Le goût de la science nous aide-t-il à voir le monde autrement ?
Éléments d'introduction
Définition des termes du sujet
- « goût de la science » : curiosité, plaisir intellectuel et désir de connaître
- « voir le monde autrement » : changer de perspective, dépasser les apparences
- Difficile de répondre non : un plan thématique est attendu
Œuvre au programme : Les Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle (1686) est un dialogue de vulgarisation scientifique entre un philosophe et une marquise, qui illustre la transmission du savoir astronomique sous une forme plaisante.
Texte support : entretien d'Hubert Reeves dans Sciences et Avenir (2009), où l'astrophysicien évoque le lien entre astronomie, écologie et émerveillement.
Problématique : En quoi le goût de la science transforme-t-il notre perception du monde et notre rapport à ce dernier ?
I. Le goût de la science éveille la curiosité et transforme notre regard sur le réel
A. Un appel à la découverte élargissant nos perspectives
La science dépasse les apparences sensibles et révèle une réalité cachée : Fontenelle explique que la lunette de Galilée tournée vers le ciel montre que le monde céleste n'est pas parfait et qu'il change. Dans les Entretiens sur la pluralité des mondes, Fontenelle initie la Marquise à l'héliocentrisme et lui fait découvrir un univers infini peuplé de mondes possibles.
B. Un éveil de la curiosité
La démarche scientifique ne repose pas uniquement sur l'observation empirique ; elle sollicite activement l'imagination. L'élaboration d'hypothèses, la construction de modèles explicatifs et l'usage de métaphores sont des outils intellectuels qui permettent de structurer la pensée face à l'inconnu.
II. Le goût de la science est un plaisir esthétique
A. Un émerveillement face aux découvertes
Regarder le ciel est d'abord une émotion, un contact avec quelque chose de gigantesque qui oblige l'homme à sortir de lui-même (Hubert Reeves : "Regarder le ciel, c’est d’abord une émotion.").
B. Un rapprochement entre science et art
L'astronomie se situe à la jonction de deux domaines : la poésie et la science ; le ciel est à la fois lieu d'émerveillement et lieu de rationalité. Fontenelle choisit la forme du dialogue galant et nocturne sous les étoiles pour rendre la science séduisante : la connaissance procure un plaisir comparable à celui de l'art.
III. Une évolution de notre conscience du monde et de notre place dans l’univers
A. Une compréhension de nos origines
L'astronomie raconte une histoire qui est aussi la nôtre : les atomes dont nous sommes faits ont été forgés dans les étoiles, nous faisons partie intégrante de l'Univers ("poussières d’étoiles", Hubert Reeves). Comprendre nos origines transforme notre identité : la science nourrit une réflexion existentielle.
B. Un nouveau rapport responsable au monde
L'esprit des Lumières (Diderot, Voltaire, d'Alembert dans l'Encyclopédie) fait du savoir un instrument d'émancipation et de transformation du regard sur la nature et la société. Connaître l'Univers conduit à prendre conscience de la fragilité de la Terre et de la menace que l'homme fait peser sur son environnement. Dans Les Entretiens sur la pluralité des mondes, Fontenelle vulgarise aussi la science pour combattre l’obscurantisme.
Sujet C - Graffigny, Lettres d’une Péruvienne. Parcours : « un nouvel univers s’est offert à mes yeux »
Le voyage permet-il toujours de découvrir un autre univers ?
Éléments d'introduction
Définition des termes du sujet :
- « voyage » : déplacement géographique, mais aussi expérience intérieure
- « découvrir » : faire l'expérience de la nouveauté
- « autre univers » : dépaysement culturel, sensoriel ou encore intellectuel
- Adverbe « toujours » : amène à un plan dialectique pour nuancer
Œuvre au programme : Lettres d'une Péruvienne de Madame de Graffigny (1747) est un roman épistolaire dans lequel Zilia, princesse inca enlevée par les Espagnols puis recueillie par les Français, découvre à travers ses lettres à Aza un monde radicalement étranger.
Texte support : entretien de Mathias Énard retraçant l'évolution historique du voyage, de l'utilitaire médiéval au tourisme de masse contemporain
Problématique : En quoi l'évolution historique du voyage, de l'exploration utilitaire à l'expérience romantique et au tourisme de masse, remet-elle en question la capacité du voyage à faire découvrir un autre univers ?
I. Le voyage permet de découvrir un autre univers
A. Un nouveau regard sur un monde inconnu
À l’origine, le voyage utilitaire (pèlerins du Moyen Âge, Marco Polo, etc.) visait à découvrir une terre inconnue et acquérir un savoir nouveau. Ce dépaysement culturel se retrouve dans les Lettres d'une Péruvienne, où Zilia découvre la langue française, les mœurs, la religion et la condition féminine européenne.
B. Un regard extérieur et satirique sur l’inconnu
Le voyage philosophique des Lumières utilise le regard étranger pour découvrir et critiquer une société différente. C’est le cas, par exemple, dans les Lettres d'une Péruvienne, mais aussi dans le voyage de Candide (Voltaire).
II. L'évolution contemporaine du voyage tend à effacer cette découverte d'un ailleurs
A. Tourisme de masse et uniformisation de l’expérience
Avec les trajets standardisés, la sécurisation des parcours, les mêmes guides et les mêmes photographies, le touriste ne découvre plus, il consomme un décor. Le voyage formaté empêche toute confrontation véritable à la réalité. Le commerce et le marketing imposent partout les mêmes codes : « tout le monde est dominé et aliéné de la même manière » (Mathias Énard).
B. La fin des terres inconnues
La mondialisation, les images et les connexions ont aboli la distance. On peut presque parler de voyage virtuel avec les réseaux sociaux. Ainsi, « la découverte d'un Orient exotique et lointain est derrière nous » (Mathias Énard).
III. La découverte d'un autre univers dépend finalement moins du lieu que de la disposition intérieure du voyageur
A. Relation au temps, à l’espace et à soi-même
Ce qui compte, c'est « la manière dont on va l'expérimenter et le raconter » (Mathias Énard) : l'esprit de voyage peut se conserver à quelques mètres de chez soi pourvu qu'on fasse l'expérience de la différence. Il faut prendre le temps de sortir des sentiers battus. Le voyage peut devenir une expérience intérieure : Zilia ne découvre pas seulement la France, elle se découvre elle-même.
B. La littérature et l'art comme voyages immobiles
La lecture des Lettres d'une Péruvienne, comme celle des récits d'auteurs turcs, syriens ou indiens découvrant l'Occident, nous ouvre un nouvel univers sans déplacement physique.