Ce mardi 16 juin, les candidats du baccalauréat général ont dû se pencher sur l'épreuve de HGGSP. Les deux sujets de dissertation, au choix du candidat, portaient sur la construction des mémoires et les formes de la guerre. L'étude critique de documents portait quant à elle sur les États-Unis et la question environnementale. Voici des plans détaillés corrigés répondant à ces sujets, proposés en exclusivité par MyStudies !
![Bac général Spé HGGSP 2026 Sujet 1 [Corrigé]](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fncd1.msnocookie.com%2Fimage%2Fms%2Fmsimages%2Fblog_gallery%2Fchatgpt-image-17-juin-2026-a-10-41-17_25e06102e7.png&w=3840&q=75)
Dissertation Sujet 1 - Les acteurs de la construction des mémoires
Éléments d’introduction
Définition des termes du sujet
- « acteurs » : État, historiens, témoins, associations, justice, médias, artistes, etc.
- Construction des mémoires : processus qui vise à se rappeler de l’histoire, il est collectif, mais aussi subjectif
- MémoireS : le pluriel montre qu’il y a plusieurs mémoires (collectives, individuelles, etc.) et fait la distinction entre mémoire et histoire (démarche universelle)
Contextualisation
La multiplication des conflits mémoriels depuis les années 1970 (Seconde Guerre mondiale, colonisation, guerre d'Algérie, génocides) amène à nous questionner sur les acteurs ayant un rôle à jouer dans la construction des mémoires et sur les différends qui peuvent survenir. L'enjeu du sujet repose sur les tensions entre devoir de mémoire, vérité historique et instrumentalisation politique.
Problématique
En quoi les conflits entre acteurs mémoriels révèlent-ils les tensions entre devoir de mémoire, vérité historique et enjeux politiques contemporains ?
I. Les acteurs institutionnels dans la construction des mémoires collectives
A. Le rôle de l’État
L'État est un acteur central dans la construction d'une mémoire officielle. C’est lui qui écrit le récit historique. Cependant, l’histoire nous a prouvé que ce récit peut être manipulé, comme ce fut par exemple le cas avec le résistancialisme gaulliste après 1945 en France. La mémoire du conflit laissait alors paraître à une résistance unanime sur le territoire français, omettant la collaboration, dans le but de restaurer l’unité nationale. Cette mémoire patriotique se manifesta alors par la célébration des héros de guerre.
B. Le rôle des institutions judiciaires
La justice, en cherchant à établir la vérité des faits, vient marquer certains événements traumatiques de l’histoire. Ce fut notamment le cas lors des célèbres procès de Nuremberg, jugeant les hauts dignitaires nazis pour crimes contre l’humanité, et permettant d’amorcer la mémoire de la Shoah. En France et plus tardivement, les crimes de l’État français durant le régime de Vichy seront également soumis à la justice, avec, par exemple, les procès Papon, Touvier et Barbie. Le tribunal est alors devenu un lieu de rétablissement d’une vérité historique plus sombre que ne le laissait entendre le résistancialisme des décennies passées.
C. Le devoir de mémoire
Les acteurs institutionnels rendent la mémoire accessible au grand public, notamment par le biais de commémorations officielles (par exemple, celle du 8 mai) et la construction de musées et de lieux de mémoire. Ces espaces témoignent d’une volonté d’inscrire l’histoire dans le patrimoine national, et de ne pas tourner le dos aux horreurs commises par le passé (exemple : musée de l’Esclavagisme). La difficulté reste de ne pas hiérarchiser ces souffrances face à leur pluralité, mission qui semble presque impossible.
II. La place des acteurs non étatiques dans l’élaboration des mémoires officielles
A. Les associations de victimes
Les groupes de victimes et associations permettent d’identifier des souffrances spécifiques qui n’ont pas encore reçu une reconnaissance publique. Dans le cas du conflit franco-algérien, la construction d’une mémoire collective est particulièrement difficile, car tous les acteurs concernés – soldats, pieds-noirs, harkis – se sentent victimes et réclament une reconnaissance. Les demandes de réparations s’accumulent et exercent une pression sur les institutions publiques.
B. Les experts : les historiens
Les historiens ont pour travail de dénicher la vérité historique en identifiant ce qui relève des faits de ce qui relève du récit étatique ou populaire. Pour reprendre l’exemple du régime de Vichy, ce sont les historiens qui ont déclenché le réveil des mémoires dans les années 1970. Les historiens mettent en garde contre un devoir de mémoire jugé excessif ou concurrent du travail scientifique.
C. Les médias
Les médias peuvent servir à accélérer la reconnaissance de mémoires minoritaires, par exemple par la diffusion de documentaires ou de fictions historiques afin d’élargir l’audience ayant conscience de cette partie de l’histoire. À l’inverse, ils peuvent aussi fausser la mémoire en simplifiant ou dramatisant la mise en scène afin de provoquer des émotions et garantir le succès de la diffusion.
III. Des enjeux politiques contemporains
A. L’instrumentalisation de la mémoire
Les pouvoirs publics et les partis utilisent la mémoire comme un outils lors de discours présidentiels ou de commémorations afin d’atteindre un objectif politique contemporain. Cette politisation des mémoires questionne le besoin d'un encadrement entre mémoire et politique pour préserver la vérité historique.
B. Les débats sur les lois mémorielles
Certaines lois mémorielles, telles que la loi Gayssot de 1990, la loi Taubira de 2001 et la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif » de la colonisation, ont engendré des débats agités. La volonté d’établir une version officielle de l’histoire s’est confrontée à la position des historiens prônant la liberté de recherche et la méthode critique.
C. Les conflits identitaires
La concurrence des mémoires – par exemple dans les mémoires coloniales – fait naître des tensions identitaires et communautaires dans la société actuelle et brouille le discours officiel. Les mémoires refoulées ou minorées ressurgissent – par exemple, la mémoire communiste – transformant la construction de l’histoire en un terrain d’affrontement pour la reconnaissance et la légitimation de ses souffrances.
Dissertation Sujet 2 - Les évolutions des formes de la guerre du XVIIIe siècle à nos jours
Éléments d’introduction
Définition des termes du sujet
- évolutions : transformations de l’affrontement armé
- formes de guerre : guerre interétatique, guerre civile, guerre irrégulière, guerre asymétrique
- XVIIIe siècle : première borne chronologique, fait notamment référence aux guerres dites « en dentelle » entre souverains européens
- nos jours : renvoie aux conflits actuels et finit de poser les bornes chronologiques
Contextualisation
Carl von Clausewitz a théorisé l’étude de la guerre, qu'il définit comme « la continuation de la politique par d'autres moyens ».
Problématique
Dans quelle mesure le modèle clausewitzien de la guerre interétatique, hérité du XVIIIe siècle, permet-il encore de penser les conflits contemporains ?
I. Le modèle clausewitzien : une guerre interétatique
A. Les guerres en dentelle du XVIIIe siècle
Ces guerres sont limitées à des affrontements entre souverains européens, avec des armées professionnelles. Les populations civiles ne sont pas impliquées. Des codes de conduite dictent les règles de ces affrontements. La guerre de Sept Ans (1756-1763) en est un parfait exemple.
B. Une rupture révolutionnaire et napoléonienne
Une nationalisation du conflit est enclenchée par la levée en masse de 1793, mobilisant les civils pour la défense de la nation. Clausewitz, ayant vécu ces affrontements, observe un effondrement des limites qui caractérisaient les guerres en dentelle et une montée aux extrêmes dictée par des objectifs purement politiques.
C. La théorie clausewitzienne
La théorie clausewitzienne repose ainsi sur une association du peuple, de l’armée et du gouvernement. Le XIXe et le début du XXe siècle marquent l'apogée de ce modèle avec les guerres d'unification et la Première Guerre mondiale.
II. XXe siècle : remise en cause du modèle clausewitzien
A. L’apparition de la guerre totale
La Seconde Guerre mondiale est qualifiée de « guerre totale » à cause de la mobilisation de l'ensemble des ressources, qu’elles soient humaines, économiques ou matérielles. On parle aussi de « guerre d’anéantissement ». Les combattants ne sont plus les seuls à être attaqués : les civils sont aussi la cible de bombardements stratégiques et d’exterminations de masse (Shoah).
B. La dissuasion nucléaire et la peur
Le modèle de la guerre interétatique ouvert décrit par Clausewitz est aussi remis en question par la dissuasion nucléaire à partir de la Guerre froide. La peur est alors utilisée pour empêcher l'affrontement direct entre superpuissances. Les rivalités prennent alors la forme de conflits idéologiques.
C. Des conflits asymétriques
La logique du choc frontal entre forces étatiques de Clausewitz est mise à mal par des formes de conflits n’opposant pas toujours deux États. C’est le cas notamment dans les guerres de décolonisation opposant les forces armées coloniales aux insurgés ayant recours aux guérillas. Les guerres civiles internalisées ont été reconnues par le Protocole additionnel I de 1977.
III. Depuis les années 1990 : un modèle clausewitzien dépassé ?
A. Des acteurs non étatiques
Dans les conflits contemporains, la logique du monopole étatique est remplacée par des logiques identitaires. Avec l’apparition des groupes terroristes, tels qu’Al-Qaïda et Daech, ce n’est plus seulement la politique qui génère de la violence, mais aussi la radicalisation religieuse. D’une manière similaire, les conflits ethniques (ex-Yougoslavie, Rwanda) ne s’inscrivent pas dans la logique du conflit interétatique.
B. De nouvelles formes hybrides
Les formes hybrides de conflits, comme par exemple les cyberguerres, instaurent un climat incertain et flou, ne correspondent ni à un état de guerre ni à une paix totale. La frontière entre le rôle des acteurs étatiques et non étatiques se brouille davantage.
C. Le retour de la guerre interétatique
Le retour de la guerre interétatique, avec la guerre opposant la Russie et l’Ukraine depuis 2022, réactualise partiellement le modèle clausewitzien. Nous avons ici bien un conflit opposant deux États, avec des motivations politiques, et faisant appel à des forces armées nationales. Cela démontre que le modèle clausewitzien n’est pas totalement dépassé, mais qu’il coexiste plutôt avec d’autres formes de conflits.
Étude critique de documents - Les États-Unis et la question environnementale
Éléments d’introduction
Présentation des documents
- Document 1 : préface du rapport du groupe d'experts sur la pollution de l'environnement rédigée par le président L. B. Johnson en 1965 = discours politique
- Document 2 : graphique produit par Our World in Data (Université d’Oxford) qui retrace les émissions de CO2 par habitant aux États-Unis de 1800 à 2023 = quantification statistique
Problématique
En quoi le rapport ambivalent des États-Unis à l'environnement, oscillant entre leadership écologique et défense d'un modèle productiviste, reflète-t-il les contradictions d'une puissance mondiale face aux enjeux planétaires ?
I. Les États-Unis, pionniers dans la prise de conscience environnementale
A. Une conscience écologique précoce
Les États-Unis ont eu un rôle pionnier dans la protection de l’environnement, et ce, depuis le XIXe siècle avec la création du parc de Yellowstone en 1872, dans une volonté conservationniste. La préface du rapport du groupe d'experts sur la pollution de l'environnement (document 1), rédigée par le président L. B. Johnson en 1965, témoigne de la reconnaissance officielle de la pollution comme problème majeur : « La pollution est aujourd’hui l’un des problèmes les plus répandus de notre société ». Il y reconnait notamment le rôle des scientifiques et ingénieurs et l’importance de la recherche scientifique : « intensifier la recherche fondamentale ».
B. Un leadership environnemental international
Les États-Unis semblent aussi être un acteur de régulation. Dans cette préface (document 1), le président autorise la publication du rapport, en faisant une publication officielle. Il commande même des rapports d’experts aux départements et agences. Les États-Unis jouent plus tard un rôle clé dans les négociations internationales, avec notamment la participation aux premières COP et la signature de l'accord de Paris en 2016.
II. Une puissance prisonnière de son modèle productiviste
A. Un modèle de développement structurellement énergivore et polluant
Cette affirmation de vouloir agir en faveur de l’environnement entre cependant en contradiction avec le modèle de développement étasunien. En 1965, date de l’écriture de la préface (document 1), les émissions de CO2 commençaient déjà à augmenter (document 2), ce qui a été reconnu par Johnson lui-même : « la technologie qui a permis notre prospérité rejette de grandes quantités de déchets » (document 1). La technologie à laquelle il fait référence aux processus industriels provoquant les émissions fossiles (document 2), témoins d’une économie fondée sur les hydrocarbures. Cela ne sera que le début de la pollution remarquable produite par les États-Unis, avec des émissions de CO2 qui auront été multipliés par dix entre cette préface et le début des années 2000 (document 2).
B. Une politique environnementale fluctuante
L. B. Johnson identifiait déjà un défi majeur dans sa préface : les efforts de l’époque ne permettaient pas de résoudre le problème, alors que les États-Unis faisaient face à une « augmentation (…) si rapide » et une « population (qui) augmente et (…) (des) vies (qui) s'urbanisent et s'industrialisent ». Le poids des lobbies industriels restreint les politiques environnementales, se traduisant par exemple par le refus de ratifier le protocole de Kyoto en 1997, ou encore le retrait de l'accord de Paris en 2017 sous Donald Trump. La politique fédérale oscille ainsi entre environnementalisme et productivisme selon les alternances politiques.
Conclusion
La préface de Johnson de 1965 témoigne d'une prise de conscience institutionnelle précoce, mais le graphique d'Our World in Data révèle la persistance d'un modèle productiviste fortement pollueur. La mise en perspective de ces deux documents révèle les contradictions des États-Unis, entre conscience écologique et développement de son modèle économique.