Ce jeudi 11 juin, les candidats du baccalauréat général ont dû se pencher sur l'épreuve anticipé de français. Voici des plans détaillés corrigés pour les 3 sujets de dissertation proposés sur la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle.
![Bac général Français 2026 - Dissertations [Corrigé]](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fncd1.msnocookie.com%2Fimage%2Fms%2Fmsimages%2Fblog_gallery%2Fbanner-bac-francais-2026-dissertations-640x480_ae3e062a5a.jpg&w=3840&q=75)
Sujet A - Émancipations créatrices : Arthur Rimbaud, Cahier de Douai
Dans le Cahier de Douai, est-ce seulement par la révolte que Rimbaud s’émancipe ?
Éléments d'introduction
Définition des termes
- Émancipation : action de s'affranchir d'une contrainte
- Révolte : action de se soulever contre une autorité
- « Seulement » : indique qu’un plan dialectique est attendu pour nuancer
Présentation de l'œuvre
Le Cahier de Douai témoigne des débuts poétiques de Rimbaud, marqué par une tension entre le monde provincial qu'il cherche à fuir et un désir d'absolu.
Problématique
En quoi le Cahier de Douai témoigne-t-il d'une émancipation qui, loin de se réduire à une rupture violente, passe par une forme d'expression permettant une quête d'harmonie sensuelle ?
I. La révolte comme premier moteur de l'émancipation chez le jeune poète
Rimbaud rejette les cadres établis.
A. Critique de l'éducation et des valeurs morales établies
Rimbaud rejette le cadre familial, comme en témoignent ses nombreuses fugues, qui lui servent notamment d’inspiration dans « Ma Bohême », une ode au vagabondage et à la liberté.
Il rejette également la religion, par exemple dans « Le Mal » où l’Église semble inutile face à la souffrance des soldats.
B. Critique de la politique
Rimbaud est marqué par les horreurs de la guerre, comme le montre le contraste entre le jeune soldat endormi à l’air paisible et la mort dans « Le dormeur du Mal ».
Rimbaud rejette le pouvoir autoritaire, et notamment l’oppression du peuple par la monarchie du roi Louis XVI, comme le montre son poème « Le Forgeron ».
C. Regard satirique sur la bourgeoisie
Rimbaud se moque à plusieurs reprises de la bourgeoisie, qu’il caricature, par exemple dans « À la musique », et cherche à s'extraire des normes sociales étriquées.
Il dénonce également les inégalités sociales en mettant en relief l’opposition entre la misère et l’abondance dans « Les Effarés ».
II. L'expression poétique comme espace de transgression et de liberté créatrice
Si la révolte est une posture, l'émancipation créatrice est la méthode par laquelle Rimbaud parvient à se distinguer radicalement de ses contemporains.
A. Une subversion lexicale marquant un affranchissement des règles
Rimbaud utilise des interjections afin de donner de la spontanéité et de l’expressivité à ses poèmes. On retrouve par exemple, un « Oh ! là là ! » dans À la musique, renforçant le ton moqueur dans sa critique de la bourgeoisie.
Il introduit aussi un vocabulaire familier de la vie courant, marquant son opposition à la bourgeoisie (dans « Au Cabaret-Vert » : « J'avais déchiré mes bottines », « du jambon tiède », « une chope immense », etc.).
B. Une déconstruction des formes classiques de poésie traditionnelle
Rimbaud reprend les formes classiques de la poésie traditionnelle. Ainsi, de nombreux sonnets sont présents dans le recueil (Ma Bohême, Le Dormeur du Val ou encore Sensation pour ne citer qu’eux) ainsi que des alexandrins.
En revanche, il prend des libertés à l’intérieur des poèmes en multipliant les rejets, les enjambements, les rythmes irréguliers et les jeux de sonorités. Il s’émancipe ainsi des normes poétiques établies.
C. Traitement moderne de thèmes classiques
Cette modernité se retrouve dans le traitement de thèmes classiques, mais avec un regard novateur. Il aborde l’amour non pas d’une vision idéalisée, mais avec la fraicheur de l’adolescence dans « Roman » ou encore avec humour dans « Première soirée ».
La nature n'est également plus un simple décor, mais un lieu où s'opère une métamorphose. Dans « Sensation », le poète accède à une forme de liberté physique et spirituelle au contact de la nature.
Sujet B - Dans l’atelier du poète : Francis Ponge, La rage de l’expression
Selon un critique, Francis Ponge est un « mécanicien » qui cherche à « réparer, articuler, faire fonctionner ». Cette citation éclaire-t-elle votre lecture de La rage de l’expression ?
Éléments d'introduction
Définition des termes
- Mécanicien », « réparer, articuler, faire fonctionner » : vocabulaire de l'outillage et du mécanisme appliqué à l'écriture. Il s’agit d’une métaphore filée.
- Question ouverte : indique qu’un plan dialectique est attendu pour nuancer
Problématique
En quoi l’image du « mécanicien » peut-elle à la fois pertinente pour comprendre le processus de fabrication du poème, mais trop restrictive pour qualifier l’atelier poétique de Francis Ponge ?
I. Francis Ponge, un « mécanicien » du langage : réparer, articuler, faire fonctionner
A. Un attachement à l’étymologie – « Réparer »
L'idée de « réparer » peut être entendue en littérature comme redonner aux mots leur efficacité perdue et lutter contre l'usure du langage quotidien. Francis Ponge cherche à restaurer la justesse des termes en s’intéressant à leurs histoires. Cela renvoie au créativisme, croyance selon laquelle il y a une adéquation entre le mot et la chose qu’il désigne. Il consacre, par exemple, plusieurs textes à l’œillet et à ses résonances.
B. Travail sur les mots et les sonorités - « Articuler »
Cette recherche de sens amène l’écrivain à trouver le meilleur assemblage des mots, comme s’il assemblait des pièces, où chaque mot doit s'emboîter avec précision. Dans « Le Carnet du bois de pins », Ponge multiplie ainsi les essais d'articulation entre les images.
C. Faire fonctionner
Cette exploration de l’étymologie et des sonorités est en réalité une démarche méthodique et quasi-technique : Ponge observe son objet comme un mécanicien examine une pièce, en cherchant à comprendre son fonctionnement. Il est essentiel de « faire fonctionner » afin de véritablement révéler les choses telles qu’elles sont.
II. Francis Ponge est davantage un artisan qu’un mécanicien
A. Une créativité propre à l’artisan
L'atelier du poète se rapproche davantage de celui d’un artisan que d’un mécanicien. L'atelier du mécanicien peut paraître froid, tandis que celui de l’artisan est un lieu de créativité, où la main de l’artisan laisse sa trace et où le doute, l'échec et la reprise font partie du processus créatif. Le poème est ainsi, comme l’œuvre de l’artisan, un objet unique et non reproductible, tout le contraire d’une pièce mécanique standardisée.
B. La sensibilité et la morale au-delà de la fonctionnalité
Comme nous l’avons vu, Ponge est attentif à la sonorité et à l'étymologie des mots. Son approche sensible du langage dépasse la simple fonctionnalité mécanique, et se rapproche de la sensibilité d’un ébéniste travaillant le bois. Il ajoute également une dimension morale (la patience du pin, la modestie de la mûre), ce qui excède la pure technique.
C. Les difficultés rencontrées
La métaphore mécanique implique aussi une réelle limite : le mécanicien répare un objet déjà existant selon un plan préétabli, alors que Ponge invente et progresse en tâtonnant. Le titre même « rage de l'expression » exprime cette difficulté et l’effort de recherche. L'artisan s’affirme alors comme figure plus juste, car il travaille une matière avec ses mains et sa sensibilité et invente progressivement la forme finale.
Sujet C - La poésie, la nature, l’intime : Hélène Dorion, Mes forêts
Dans Les corridors du temps (1988), Hélène Dorion écrit : « L'arbre grince sous la force du vent. Je marche vers cet arbre qui a quelque chose à dire de l'humain. » Cette citation éclaire-t-elle votre lecture de Mes forêts ?
Éléments d'introduction
Définition des termes
- Arbre personnifié : analogie entre la nature et l’homme
- « grince sous la force du vent » : montre que l’arbre fait face à des difficultés, mais résiste
- « Je » : lyrisme, expression des sentiments personnels
- « quelque chose à dire de l'humain » : montre que la nature a un rôle, est au cœur du sujet et pas seulement un décor
Problématique
Comment la figure de l’arbre et de la forêt dans Mes forêts d’Hélène Dorion fonctionne-t-elle comme miroir de la condition humaine ?
I. L’arbre, reflet de l’intimité du poète
A. Le « je » lyrique
Dès le titre, l’expression « mes forêts » révèle cette appropriation intime de l’espace, qui est confirmé par l’emploi de la première personne du singulier. La forêt est ici utilisée comme métaphore de l'âme : un espace dense, sombre, mystérieux, qui renvoie aux profondeurs intérieures du sujet. « Mes forêts » deviennent alors des forêts intimes.
B. Une expression de la fragilité personnelle
L'arbre personnifié est une image du corps humain : enracinement, verticalité, branches qui se déploient comme un humain cherche sa voie. L'arbre est aussi soumis au vent, image de la vulnérabilité humaine face aux épreuves, au temps et à la souffrance.
C. L'état d'âme du poète
Le recueil s'inscrit dans une tradition néo-lyrique où la nature n'est jamais neutre, mais résonne avec l'état d'âme du poète. Il renvoie à la notion de « paysage état-d’âme » (romantisme). La nature fonctionne comme un miroir des émotions humaines, reliant les cycles naturels aux cycles émotionnels.
II. Une réflexion sur la nature humaine
A. La lenteur de la poésie et de la forêt
L’image du chemin (« Je marche vers cet arbre ») témoigne d’une quête identitaire. La forêt est le lieu d’une introspection, qui demande du temps. Ce rapport au temps et à la lenteur se retrouve aussi dans le rôle du poète, qui traduit en mots le message du vivant, en écoutant ce que l'arbre « a à dire ».
B. La sagesse face aux enjeux écologiques
La destruction des forêts est abordée par Hélène Dorion comme le reflet d'une humanité qui se détruit elle-même. Il existe une dimension écologique forte où l'auteure souligne la dépendance de l'humain envers le monde vivant et donc notre responsabilité commune. La poésie devient un lieu de méditation sur cette responsabilité écologique.
C. Philosophie existentielle
À travers son expérience intime, Hélène Dorion atteint une vérité partagée sur la condition humaine. Les forêts deviennent des sanctuaires invitant à une spiritualité et à une contemplation profonde de la place de l'homme dans l'univers.