Pour vous préparer au baccalauréat de français, voici une fiche d'analyse linéaire du prologue de la pièce de théâtre Antigone de Jean Anouilh !

Introduction
L’auteur : Jean Anouilh
Jean Anouilh est un dramaturge français du XXᵉ siècle, connu pour réécrire des mythes afin d’interroger le pouvoir, la morale et les choix individuels.
Présentation de la pièce Antigone
Antigone, écrite en 1944, est une tragédie moderne en un acte, inspirée du mythe antique de Sophocle, qui oppose la loi de l’État à la loi morale.
Contexte d’écriture d'Antigone
Écrite pendant l’Occupation, la pièce rappelle les tensions entre obéissance et résistance.
Présentation de l’extrait
Le prologue est un extrait situé au tout début de la pièce. Dans ce passage, le prologue présente les personnages, le contexte de l’histoire et l’intrigue. Cependant, ce prologue possède une particularité : le destin tragique des personnages est déjà révélé.
Problématique
Comment ce prologue renouvelle-t-il la scène d’exposition en mêlant fatalité tragique et modernité théâtrale ?
Mouvement 1 – Une mise en scène figée et une rupture de l’illusion théâtrale
Didascalie initiale qui fige l’action
Le décor est assez simple et les personnages sont tous présents, immobiles au début de la scène. Cette immobilité crée un effet étrange pour le spectateur, la pièce semble déjà figée avant même d’avoir commencée.
Adresse directe au public, la rupture du « quatrième mur »
L’emploi du pronom personnel « vous » permet de s’adresser directement au public : « ces personnages vont vous jouer l’histoire ». Il lui explique les personnages ainsi que l’histoire qui va être racontée. Cela permet de créer une rupture de l’illusion théâtrale, puisque l’on rappelle au spectateur qu’il assiste à une représentation.
Le théâtre comme jeu
Le théâtre est ici présenté comme un jeu, les personnages vont jouer un rôle : « elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure ». Cela permet au public de prendre conscience du caractère théâtral, puisque le spectateur est constamment rappelé au faut qu’il assiste à une représentation.
L’utilisation des temps qui annonce la fatalité
L’utilisation du futur ainsi que du présent de vérité générale montre que le destin des personnages est déjà écrit : « elle pense qu’elle va mourir ». Dès le début de la pièce, le spectateur comprend que l’issue tragique est inévitable.
Mouvement 2 - Un portrait construit par contraste : une héroïne marginale
Le lexique de la fragilité pour une anti-héroïne
Le personnage d’Antigone est le premier à être décrit, ce qui montre son importance, puisqu’il s’agit de l’héroïne de la pièce. Son physique est décrit comme fragile à travers des adjectifs : « petite, maigre, noiraude, renfermée » et le personnage apparait comme marginal. Elle est présentée comme silencieuse et déterminée. Elle semble déjà éloignée des autres personnages : « seule face au monde », ce qui appuie l’impression de solitude qui l'entoure.
L’opposition entre Antigone et Ismène
Le personnage d’Antigone apparait en totale opposition avec celui d’Ismène. Ismène est présentée comme une femme jolie, prudente, « la blonde, la belle, l’heureuse » et qui est bien intégrée dans la société. Elle représente la vie, la prudence et l’adaptation sociale. À l’inverse, Antigone se montre sombre, révoltée et prête à mourir pour défendre ses convictions. Cette opposition met en avant deux perceptions différentes de la vie.
Mouvement 3 – Un pouvoir humanisé et un conflit politique central
L’humanisation de Créon
Créon est le roi de Thèbes et son personnage est le symbole du pouvoir politique. Il est présenté comme un homme fatigué, marqué par ses responsabilités : « il a des rides », « il est fatigué ». Cet aspect-là permet d’humaniser son personnage et de montrer qu’il n’est pas qu’un simple tyran, mais aussi un homme confronté à des choix difficiles.
Être roi et le poids du pouvoir
Avant d’être roi, Créon aimait la musique et les plaisirs de la vie. À présent roi, il doit assumer beaucoup de responsabilités (« il a retroussé ses manches ») et faire passer le devoir avant ses envies personnelles.
L’opposition des valeurs amène au conflit tragique
Créon représente la loi et l’ordre politique, tandis qu’Antigone représente la morale et la révolte. C’est ici que se dessine le conflit central de la pièce.
La modernité de la scène
Cet extrait est relativement moderne, notamment à travers à la présence des gardes qui « jouent aux cartes » et parlent de manière simple. Cela montre une certaine banalité du quotidien et contraste avec la dimension tragique de l’histoire.
Mouvement 4 – Le rappel du mythe et de la fatalité
La fonction informative du récit du mythe
L’histoire se déroule dans la famille d’Œdipe où une guerre éclate entre les deux frères : Étéocle et Polynice. Les deux frères meurent lors de cet affrontement : « se sont battus et entre-tués ». Créon décide alors d’enterrer Étéocle avec honneur, tandis que Polynice est interdit de sépulture.
Le décret de Créon et l’annonce du dénouement
Antigone veut malgré tout enterrer son frère et désobéir à la loi imposée par Créon. C’est là que débute le conflit tragique. Cependant, le prologue annonce déjà la mort d’Antigone (« elle va mourir »), d’Hémon ainsi que d’Eurydice. Le spectateur sait donc dès le départ que la tragédie est inévitable.
Conclusion
Bilan
Le prologue remplit la fonction classique de la scène d’exposition : il présente les personnages, rappelle le mythe et met en place le conflit qui va structurer la pièce. Cette œuvre se distingue par sa modernité, notamment à travers la rupture de l’illusion théâtrale, le langage simple et les anachronismes. L’idée essentielle de cette pièce est de montrer que tout semble déjà écrit, mais qu’Antigone choisit malgré tout de dire non. Elle apparait alors comme une figure de la résistance face à l’autorité et à l’injustice.
Ouverture
On peut rapprocher cette œuvre de pièces qui mettent en scène un individu face à l’autorité, comme Caligula, qui démontre lui aussi les dérives du pouvoir et les tensions entre liberté et autorité.