Pour vous préparer au baccalauréat de français, voici une fiche d'analyse linéaire de la tirade de l'incipit de Madame Bovary, roman de Gustave Flaubert.

Introduction
L’époque : le XIXᵉ siècle
Renouvellement avec l’essor du réalisme : romans qui représentent fidèlement la société de cette époque.
L’auteur : Gustave Flaubert
Auteur qui s’inscrit dans ce mouvement. Le roman Madame Bovary, dont est issu notre extrait, est publié en 1857 : récit des déboires d’une jeune bourgeoise de province, Emma Bovary.
Texte étudié : un incipit surprenant
Au lieu de présenter son héroïne, Gustave Flaubert préfère mettre en lumière Charles Bovary, le futur mari d’Emma, dans une salle de classe.
Problématique
Dans quelle mesure cet incipit déroute-t-il le lecteur tout en annonçant clairement le projet romanesque de Flaubert ?
Mouvement 1 - Un incipit déroutant pour le lecteur
Un cadre inattendu
- Un cadre scolaire surprenant : « Nous étions à l’étude ». Alors que le lecteur s’attend à découvrir Emma Bovary, l’héroïne éponyme, il se retrouve face à la description d’une scène collective. Les élèves sont désignés par des pronoms démonstratif et indéfini, ce qui renforce l’effet de groupe : « Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail. »- Effet produit : surprise du lecteur. Flaubert cherche à déjouer les attentes traditionnelles.
Un narrateur ambigu
- Rédaction à la première personne du pluriel : utilisation du pronom « nous », qui semble désigner les élèves de la classe. Le narrateur interne semble être un des élèves présents.
- Contraste avec le niveau de langue employé : il ne correspond pas à celui d’un enfant.
> Flaubert entretient ainsi une ambiguïté volontaire sur l’identité du narrateur de son roman.
Un retard dans l’identification du personnage principal
- Éclairage sur un personnage secondaire : seul un personnage secondaire, le maître d’études, est nommé précisément : « Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix ».
- Identité du personnage principal retardée : le nouvel élève est d’abord désigné comme « un élève » par le Proviseur, de façon anonyme.
> Ce renversement des priorités déroute le lecteur et renforce l’idée que Flaubert cherche à détourner les codes du roman traditionnel.
Mouvement 2 - Charles Bovary : la présentation d’un anti-héros
Un personnage volontairement dévalorisé
- Rupture avec le modèle traditionnel du héros : Charles Bovary est décrit comme « un gars de la campagne ». Origine modeste du personnage et incapacité à suivre les codes sociaux d’un milieu scolaire urbain.- Décalage renforcé par son apparence : décalage entre lui et les autres élèves perceptible par sa tenue, peu élégante : son pantalon est « jaunâtre » et ses souliers sont « mal cirés ». Vocabulaire négatif qui met en relief son manque de raffinement. De plus, les éléments de sa tenue ne semblent pas assortis, ce qui accentue son ridicule.
> Le personnage de Charles est présenté comme un individu inadapté et maladroit.
La création d’un anti-héros
- Une attitude révélatrice : Charles se tient de manière rigide : « n’osant même croiser les cuisses ». Incompréhension des codes de ses camarades (en particulier lorsqu’il ne jette pas sa casquette comme les autres élèves : « la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux »). Comportement maladroit qui traduit sa timidité et son incompréhension du fonctionnement du groupe scolaire.- La construction d’un nouveau type de personnage romanesque : Flaubert construit un personnage d’anti-héros qui incarne la banalité, la maladresse et l’échec.
Mouvement 3 - L’ironie et le comique au service du projet de Flaubert
La casquette : un objet symbolique ridicule
- Le registre comique : la description de la casquette est réalisée de manière extrêmement détaillée. Accumulation d’éléments disgracieux : « boudins circulaires », « losanges » associés à un « polygone ». Effet de surcharge qui rend cette casquette ridicule : « une de ces coiffures d'ordre composite »
- Une métonymie du personnage de Charles Bovary : la casquette reflète le caractère détonant et inadapté de Charles, qui cherche à ressembler à un modèle sans y parvenir.
> La description de cette casquette est représentative du travail stylistique de Flaubert, qui transforme un objet banal en élément symbolique chargé de sens.
Une scène comique et cruelle
- Une entreprise de ridiculisation : quand Charles laisse tomber sa casquette, ceci provoque un rire collectif de la part de ses camarades. Effet amplifié par l’emploi du pronom indéfini « on », qui renforce l’impression d’opposition entre un groupe uni et un individu isolé : « On hurlait, on aboyait, on trépignait, on répétait ».- Une scène cruelle : accumulation de verbes évoquant le bruit et l’agitation : « hurlait », « aboyait », «trépignait ». Le rire des camarades prend une dimension animale, par l’effet de meute cruelle qui se dégage du groupe d’élèves.
Une ironie généralisée
- L’ironie vis-à-vis des autres élèves : Charles n’est pas la seule cible de Flaubert. Les autres élèves sont présentés comme grégaires et cruels. Comparaison volontairement populaire pour parler de leurs cris : « comme un pétard mal éteint ». Façon pour Flaubert de critiquer la société de son époque, marquée par la bêtise et la médiocrité de ses membres, dès leur plus jeune âge.
- La révélation finale du nom « Charles Bovary » : « le professeur, parvenu à saisir le nom de Charles Bovary ». Nom qui intervient tardivement dans l’incipit, après avoir été déformé par ses camarades moqueurs (« on répétait : Charbovari ! Charbovari ! »). Annonce retardée par cette mise en scène presque dramatique. Procédé qui permet à Flaubert de montrer que Charles, sans être un personnage secondaire, est un personnage de second plan.
Conclusion
Cet incipit de Madame Bovary se distingue par son originalité et sa subtilité.
Entrée en matière centrée sur Charles Bovary, un personnage secondaire en apparence.
Présentation de cet anti-héros dans une scène de ridiculisation collective : Flaubert met en lumière la banalité et la médiocrité de la société qu’il va décrire dans son roman.
Effet ironique et comique de l’extrait : Flaubert développe un regard critique sur ses personnages.
Incipit qui annonce le projet romanesque de Flaubert : mettre au centre de son œuvre son sens de l’observation du réel et des êtres humains qu’il perce à jour.