Pour vous préparer au baccalauréat de français, voici une fiche d'analyse linéaire du poème « Elle avait pris ce pli... » de Victor Hugo, extrait du recueil Les Contemplations.

Introduction
Présentation de l’auteur
Victor Hugo est une immense figure de la littérature française : romancier, dramaturge, poète, il s’est illustré dans tous les genres littéraires. Figure de proue du romantisme, il a incarné une volonté de renouveau dans la littérature française.
Présentation du recueil
Le recueil Les Contemplations a été écrit par Hugo entre 1830 et 1854, puis publié en 1856. Dans ce recueil, Hugo s’inspire beaucoup de sa vie et de ses émotions les plus personnelles, comme il l’explique d’ailleurs dans sa préface.
Présentation du texte
Ce poème en alexandrins a pour titre « Elle avait pris ce pli… ». Il est extrait du Livre IV des Contemplations, intitulé Pauca Meae. Dans ce texte, Hugo évoque le souvenir ému de sa défunte fille Léopoldine à travers une scène du quotidien qui les liait par le passé. La totalité du Livre IV est d’ailleurs consacrée à sa fille, qui s’est tragiquement noyée peu de temps après son mariage.
Problématique
Comment le poète met-il dans ce poème en valeur la singularité de sa relation avec sa fille, tout en la présentant comme un être d’exception ?
Mouvement 1 - Un souvenir d’enfance marqué par la joie (vers 1 à 7)
Une scène quotidienne
Hugo décrit une scène familiale habituelle. On trouve ainsi des imparfaits d’habitude (« elle entrait », « disait », « s’asseyait »), ainsi qu’un complément circonstanciel de temps révélateur : « chaque matin ». Ce rituel est marqué par la joie, perceptible à travers la comparaison « ainsi qu'un rayon qu'on espère ».> Hugo nous présente un rituel qui traduit une vie familiale heureuse, qu’il revit par l’écriture. Ainsi, il semble même entendre à nouveau la voix de sa fille lui disant « Bonjour, mon petit père ».
Une enfant pleine de vie
Léopoldine est présentée comme une petite fille pleine de vie, qui occupe l’espace de façon libre et joyeuse. En effet, elle joue, rit, écrit (« Prenait ma plume ») et dérange les papiers de son père (« dérangeait mes papiers »). Sa vivacité est traduite grâce à une comparaison : « comme un oiseau qui passe ». L’oiseau symbolise ici autant la légèreté que la liberté de l’enfant.> Ce qui pourrait être perçu comme un dérangement est considéré comme charmant : on perçoit bien tout l’amour d’un père pour sa fille.
Mouvement 2 - Une enfant-muse (vers 8 à 17)
Même après son départ de la chambre, la petite fille reste omniprésente
Plusieurs indices montrent qu’elle a laissé son empreinte dans les lieux. Hugo mentionne des dessins dans ses manuscrits (« quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée ») ainsi que « mainte page blanche entre ses mains froissées ».> L’enfant laisse sa trace dans le travail d’écriture de son père, de façon concrète, mais également abstraite : elle devient une source d’inspiration. Cette source d’inspiration mystérieuse est perceptible dans la formule « je ne sais comment ».
La sacralisation de l’enfant
Hugo présente sa fille comme une enfant exceptionnelle, qui a déjà développé une forte spiritualité (« elle aimait Dieu »). Ce côté exceptionnel est renforcé par le lien quasi-mystique qu’elle entretient avec la nature : les « fleurs », les « astres », les « prés ». Le champ lexical du sacré montre bien son caractère divin : « Dieu », « esprit », « âme ».> Léopoldine est présentée comme une muse, presque comme une divinité, face à laquelle son père est en adoration.
Mouvement 3 - Vers la douleur du deuil (vers 18 à fin)
Un souvenir d’autant plus douloureux qu’il était idéal
- Une harmonie d’ordre intellectuel : Les adjectifs « radieux », « charmant » viennent à l’appui de la description de cette harmonie unique entre père et fille, qui partageaient une même passion pour la langue française (« raisonner langue, histoire et grammaire »).
- Une harmonie familiale : Hugo décrit une scène de parfaite harmonie familiale : des enfants réunis autour de leurs parents (« Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère / Tout près »).
- L’idéal d’un bonheur simple : « J’appelais cette vie être content de peu ! ». Chez Hugo, le bonheur idéal est associé au bonheur familial, d’autant plus précieux dans ses souvenirs qu’il l’a perdu quand sa fille est décédée.
L’irruption brutale de la mort
L’interjection « Hélas ! » vient marquer une rupture dans le poème. L’exclamation montre le côté soudain et brutal de la mort et intervient juste après l’adjectif « morte », volontairement placé en fin d’hémistiche pour créer un effet de cassure, du vers comme de la vie de l’auteur.
Le souvenir est de l’ordre du passé, comme le montre le vers : « je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ». Cette fusion des émotions entre père et fille n’est plus.
L’emploi de l’antithèse montre qu’il y a eu une rupture dans leur vie, un avant et un après : des termes négatifs (« triste », « morne ») s’opposent à des termes positifs (« gai », « joyeux »).
Une allusion finale lourde de sens : le poème se termine sur l’idée d’une « ombre dans les yeux ». L’ombre pourrait évoquer la mort qui rôde, et les yeux sont ceux de Léopoldine qui auront un jour, trop tôt, à se fermer définitivement.
> On comprend qu’une fois que la mort a frappé, la vie d’Hugo ne sera plus jamais la même. C’est un vide irréversible qui s’impose à lui.
Conclusion
Ce poème est un hommage douloureux d’un père à sa fille, à travers l’évocation d’un quotidien rempli de tendresse. Hugo cherche à montrer combien il entretenait avec sa fille une relation unique, faisant d’elle une irremplaçable muse, un être d’exception.
Ouverture : Le souvenir de Léopoldine est également le thème central d’un autre poème célèbre de Victor Hugo, intitulé Demain, dès l’Aube. Ce poème célèbre lui aussi Léopoldine, à travers l’absence insupportable provoquée par son décès. Si Hugo utilise la création poétique pour exprimer toute la souffrance de son deuil, on se demandera aussi si l’écriture n’est pas un moyen pour lui de se reconnecter à sa chère muse disparue.
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