Exercice souvent préféré à la dissertation par les étudiants, le commentaire de texte jouit d'une image de fausse simplicité. En effet, l'étudiant moyen ne manque pas de tomber dans le piège suivant : commenter serait plus aisé que disserter sur un sujet de philosophie, rassuré qu'il est par la présence d'un support textuel.

Un bon commentaire de texte fait cependant
écho, outre à un perfectionnement répondant à d'incontournables heures de pratique,
à une rigueur méthodologique certaine. Étape par étape, il est essentiel de se
conformer à un modèle attendu par le correcteur ou l'examinateur. Parce qu'éprouvé,
ce modèle a su faire ses preuves ; il est conforme aux attentes
institutionnelles qui ont vu plancher des milliers et des milliers d'étudiants.
L'introduction, la première et la dernière des préoccupations
Le développement, le corps du commentaire
La conclusion, faire mouche en la soignant
L'introduction, la première et la dernière des préoccupations
Comme la dissertation, le devoir se doit
de commencer par une introduction. L'introduction est le fruit d'un long
travail de réflexion de la part de l'étudiant : c'est en fait l'étape
cruciale de la mise en perspective du support à commenter et de sa propre
compréhension.
L'accroche : harponner le correcteur
L'accroche est le premier pas vers le
grand large qu'est le commentaire de texte. Elle doit poser des éléments de
connaissance a minima sur l'école de
pensée ou la doctrine dans laquelle s'inscrit l'auteur du texte à commenter
(par exemple, la philosophie analytique et logicienne pour Bertrand Russell ou
le matérialisme radical pour Helvétius) et à défaut, trouver une façon d'avoir
une prise sur le texte. Le contexte peut évoquer une première piste, de même
que l'histoire de la pensée faisant écho à tel ou tel concept mobilisé par l'auteur.
Une citation exploitable face au texte peut également être envisagée.
La thèse de l'auteur : choisir son terrain d'attaque
La saisie de la thèse du texte est
importante parce qu'elle conduit logiquement à l'aboutissement recherché :
la formulation d'une problématique. Elle permet au correcteur de mesurer l'amplitude
avec laquelle l'étudiant a réussi à saisir toute la portée du texte. L'examinateur
ne cherchera d'ailleurs pas à déterminer l'exactitude de la portée, mais bien
plutôt la réappropriation, par rapport à la compréhension autonome de l'étudiant,
des implications que le texte revêt. La saisie des enjeux est aussi une étape
de sélection : elle permet d'écarter volontairement et de prendre en
compte seulement certains aspects du texte, de façon à les exploiter au mieux.
La problématique : la pleine réappropriation du texte
Problématiser un texte en philosophie est
souvent complexe, parce que l'effort suppose une totale appropriation des
enjeux sous-tendus par le texte. Ce n'est pourtant pas tout à fait vrai.
Volontairement, suivant la sélection des enjeux, la problématique peut être
exclusive : il convient cependant de le mentionner, afin de clarifier la
situation en amont et de ne pas laisser le correcteur perplexe. Réduire le
champ d'investigation du commentaire ne signifie cependant pas le minimiser :
la spécialisation offerte par la problématique n'exclut pas toute la profondeur
de l'analyse des sujets explorés par le texte et qu'il faut retrouver par la
suite. La problématique peut se formuler selon deux méthodes : la méthode
interrogative, par une question directe, ou la méthode « au fil », par une succession d'interrogations
qui viennent, en entonnoir, éclairer le correcteur sur le chemin.
Le plan : l'armature « osseuse » du commentaire
Les trois premières étapes de la
problématique doivent logiquement aboutir à la formulation d'un plan. Ce plan,
qui peut être binaire ou tertiaire - au secondaire, le plan tertiaire est
toutefois préféré pour les raisons développées par la suite - doit
explicitement mentionner les parties retenues et les détailler un minimum. La
formulation de « parties »
est d'ailleurs déconseillée par la plupart des correcteurs, qui lui préfèrent
les notions de « temps » :
dans un premier temps, dans un deuxième temps…, ce qui prouve une dynamique de
la pensée sur le texte. Les temps du devoir ne doivent cependant pas, de
manière exhaustive et détaillée, mentionner les sous-parties, mais bien plutôt
« l'esprit général » de
chaque temps du devoir.
Le développement, le corps du commentaire
Les erreurs à ne pas commettre
Le développement est, comme son nom l'indique,
un « développement » du
plan proposé en fin d'introduction. Il convient donc de respecter strictement l'armature
définie au préalable et de ne pas s'écarter des plates-bandes que l'on s'est
soi-même fixées. De plus, il ne doit pas s'écarter du texte dont il prétend
être un commentaire : l'exercice, s'il tombe dans l'écueil de la
dissertation, est un exercice raté. Les connaissances de l'étudiant ne sont
certes, pas superflues, mais doivent être sélectives et être mises uniquement
au service du texte. À tout moment de même, le développement doit être
logique : il doit se dérouler de façon dynamique et les étapes du
développement doivent elles-mêmes se répondre, les prémisses devant logiquement
comprendre, en leur sein, les implications et les déductions dont on prétend
par la suite faire l'exposé. Enfin, le développement ne doit pas suivre une
structure prémâchée du type « thèse »
et « antithèse » qui ne
convient pas à l'exercice de commentaire de texte de philosophie (pas davantage
à l'exercice de dissertation en la matière). Au contraire, le plan doit être
une articulation constante sur les parties définies du texte à commenter et
doit être dans une dialectique permanente avec le support visé.
Les recommandations de forme et de fond pour bien avancer
À toute étape du développement, il est bon
de poser des questions, même textuellement : « qu'est-ce qu'implique, dès
lors… », ce qui permet au correcteur de distinguer plus clairement le
raisonnement de l'étudiant… tout en étant convaincu qu'il se pose de bonnes
questions. L'étudiant doit, de même, constamment garder en tête qu'il exploite
un document et que par-là, il convient donc de pousser le texte dans ses
retranchements, dans ses implications, en détaillant (même étymologiquement
parlant) les concepts mobilisés par l'auteur. Car le commentaire est aussi un
exercice de critique : la critique est constructive et permet d'apprécier
au mieux la démarche de l'auteur. Ce n'est pas pour rien que le plus célèbre
des philosophes modernes, Kant, avait à ce point argumenté en faveur d'une
philosophie « critique »…
La conclusion, faire mouche en la soignant
Souvent bâclée par les étudiants par manque de temps, il convient cependant de soigner la conclusion et, pourquoi pas, au préalable, au brouillon. Histoire de ne pas perdre de temps, la conclusion peut également être produite au brouillon immédiatement après l'introduction. Elle témoigne ainsi du « répondant » qu'elle offre face à une introduction qui a posé les premiers éléments de la réflexion de l'étudiant sur le texte à commenter. Elle se conclut généralement sur une ouverture qui doit avoir un lien direct avec le texte : un extrait du Prince de Machiavel peut, par exemple, ouvrir sur la référence à Bentham et sa Déontologie ou à l'impératif catégorique kantien. Mais il convient avant tout de se souvenir du fait que la conclusion n'est pas un exercice superficiel en philosophie et qu'elle est bien, à ce titre, une partie comme une autre du devoir qu'il est essentiel de soigner et de prendre en compte.
Pour aller plus loin : Baptiste Mélès, professeur à l'École normale supérieure (ENS), propose une « Méthode universitaire du commentaire de texte » ; mais aussi celle de l'Académie de Grenoble.
N'hésitez pas à faire appel à notre service de rédaction de documents !